Une réforme inquiétante

Je suis le chef des services cliniques de l’Hôpital Georges-L.-Dumont. Un chef des services cliniques a le mandat d’assurer la qualité de
l’acte médical auprès des patients. En tant que chefs des services cliniques, nous avons un devoir moral de bien représenter les patients. J’ai le devoir moral de vous avertir. Comme patients, nous serons tous touchés par cette réforme.

La réforme de la santé est inquiétante. Le projet de loi de M. Murphy est à sa 2e lecture en chambre et peu de gens sont inquiets. Je
trouve ceci très inquiétant!

Le volet en ce qui concerne les services non cliniques a été annoncé de façon détaillée et précise.
Cependant, quand le volet médical est concerné, nous sommes tenus dans la parfaite noirceur. Sachez que lorsque la troisième lecture
du projet de loi sera acceptée, le projet de loi sera une loi. Il sera très difficile de le contester.

M. Murphy est un avocat brillant et très bien organisé. Il est impossible que son plan ne soit pas défini. Ce serait une incompétence
majeure de démolir une structure qui fonctionne, et la remplacer par un vide et la développer au fur et à mesure sur le dos des
patients. Feriez-vous affaire avec un mécanicien qui vous offre une voiture qu’il construira avec vous au fur et à mesure, tout en vous
laissant la conduire, avant qu’elle ne soit sécuritaire pour vous? Bien sûr que non! M. Murphy a un agenda qu’il ne partage pas avec
nous. Il attend que son projet devienne loi pour nous le dévoiler.

C’est très difficile de bien gérer une institution localement. On nous dit que ce sera mieux de gérer plusieurs institutions de façon
centrale. Sommes-nous assez cons pour croire ceci?

M. Murphy aura aboli la gouvernance locale (conseils d’administration, conseils médicaux consultatifs, conseils des médecins et
dentistes, etc.), tout cela dans le but d’avoir un pouvoir politique centralisé sur notre santé. Allez-vous plutôt faire confiance aux
politiciens qu’à vos médecins en ce qui concerne votre santé? Ces politiciens ont-ils étudié 10-15 ans de leur vie, pour nous traiter pour toutes ces maladies complexes qui trop souvent nous font y laisser notre peau? Connaissent-ils les besoins des patients? Bien sûr que non! Ils connaissent la politique!

Allons-nous risquer l’exode de nos médecins pour sauver ou plutôt avoir l’illusion qu’on sauvera le 1 % du budget de la santé qu’il dit
que nous sauverons? M. Murphy ne nous parle pas de dualité linguistique dans son projet de loi. Il parle de deux régies. S’il envisageait la dualité, il l’aurait incorporée à son projet de loi.

M. Murphy dit qu’il fait ceci pour enrayer les conflits entre les institutions. Sommes-nous assez crétins pour croire ceci?

La Régie B aura les deux tiers du budget de la santé. La Régie A a seulement deux services ultraspécialisés, tels que la dialyse et
l’oncologie. Nous n’aurons pas de neurochirurgie, de chirurgie cardiaque, de centres de cathétérismes cardiaques, de centres d’oncologie pédiatrique, de centres de soins intensifs pédiatriques et néonatals….

Si M. Murphy ne veut pas la dualité, veut-il l’égalité des deux populations linguistiques majoritaires? Agit-il comme quelqu’un qui veut
ceci?
M. Murphy veut insinuer qu’il y a des rivalités handicapantes entre les hôpitaux. C’est sûrement pour cette raison qu’il a omis de vous
dire que, depuis le printemps 2007, les conseils d’administration des différents hôpitaux francophones étaient en train de travailler sur un plan collaboratif de développement qui favoriserait l’épanouissement de nos hôpitaux. Ce projet visait une structure et un complexe d’enseignement universitaire, médical et paramédical provinciaux francophones, la recherche clinique et fondamentale, et entre autres l’épanouissement des forces spécifiques de chacun de nos hôpitaux. Avec ce projet de loi, tout tombe à l’eau!

Je ne suis pas contre le changement et le changement en ce qui concerne la santé. J’embrasse un tel changement à condition qu’il
respecte le patient, l’autonomie et le développement régional; le caractère et les besoins distinctifs régionaux, le travail collaboratif
entre les hôpitaux et la langue de travail. Jusqu’à présent, le ministre de la Santé n’a rien démontré de ceci. S’il voulait respecter ceci,
il l’aurait inclus dans son projet de loi.
Jusqu’à présent, M. Murphy nous a montré qu’il avait du muscle.
Il a même ordonné aux médecins salariés de ne pas parler aux médias. Est-ce cela la démocratie?
Il ne nous reste que quelques jours pour nous réveiller, sortir de notre anesthésie collective et réagir; sinon ce projet deviendra loi!
Réveille!, réveille!, réveille!, réveille!, réveille!…

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