Une attitude déplorable

Tout le monde le sait, notre système de santé à accès universel coûte cher. Tout le monde sait aussi que s’assurer qu’un citoyen reçoive les soins médicaux dont il a besoin, quelle que soit sa situation financière, est un choix de société.
Non seulement est-ce un choix de société que la très grande majorité des Canadiens tiennent à maintenir, mais parmi les pays membres de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), ce n’est pas le plus coûteux. Cet «honneur» revient à nos voisins du Sud, les États-Unis. Malgré le fait qu’il n’offre pas d’accès universel et que l’assurance-maladie soit assurée par le secteur privé (que certains prétendent «plus efficace»), le coût par habitant du système de santé américain est évalué à 8500 $, comparativement à 4500 $ pour le Canada. Les coûts par habitant sont au même niveau que le Canada en Autriche et en Allemagne, alors qu’en France, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse, le coût du système de santé par habitant est supérieur à ce que nous dépensons au Canada. En pourcentage du produit intérieur brut (PIB), le système de santé du Canada (8 %) est moins dispendieux que celui de six autres pays membres de l’OCDE. En 2009, c’est la France (9 %) qui investissait la proportion la plus élevée de son PIB en dépenses publiques dans son système de soins de santé.
Arrivons-en maintenant aux coûts de 2012 des soins de santé au Nouveau-Brunswick par rapport aux autres provinces. L’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) a publié l’an dernier une étude de l’évolution des coûts des soins de santé au Canada, intitulée Tendances des dépenses nationales de santé, 1975 à 2012. En matière de dépenses par habitant, seules les provinces de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique ont des coûts inférieurs à ceux du Nouveau-Brunswick. Pour ceux qui préfèrent voir ces coûts en pourcentage du PIB, seules les provinces de la Nouvelle-Écosse (68,7 %), de l’Ontario (67,8 %) et de la Colombie-Britannique (69,1 %) dépensent moins que le Nouveau-Brunswick (69,3 %). La moyenne canadienne est de 69,7 %, légèrement supérieure à la moyenne du Nouveau-Brunswick.
Pourtant, pour justifier la nécessité de comprimer davantage le budget en matière de santé, tant le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Ted Flemming, que le PDG du Réseau de santé Vitalité, Rino Volpé, ont martelé que le les coûts de la santé au Nouveau-Brunswick étaient supérieurs à la moyenne nationale. C’est vrai au chapitre des dépenses par habitant, mais seulement parce que le poids démographique des trois plus grandes provinces du Canada fait baisser la moyenne nationale. Parmi les autres provinces et territoires du Canada, le Nouveau-Brunswick est la province qui dépensait déjà le moins par habitant. Ces faits démontrent, à notre avis, que l’urgence de comprimer les dépenses en santé n’est pas aussi importante que voudraient nous le faire croire messieurs Flemming et Volpé.
En ce qui concerne le plan de rattrapage en santé, le gouvernement de Fredericton voudrait nous faire croire que le rattrapage est bien enclenché. Comment y croire quand les compressions budgétaires envisagées par le réseau Vitalité sont plus importantes que celles de son homologue, le Réseau Horizon, qui dispose d’un budget pourtant plus important. Le budget du Réseau Vitalité est d’un peu plus de 600 millions $, alors que celui du Réseau Horizon dépasse le milliard de dollars. Le Réseau Horizon a annoncé en août son intention d’éliminer 160 postes, au même moment, le Réseau Vitalité maintient son intention de couper 400 emplois, dont plus de 200 dès l’année fiscale en cours.
Il n’est donc pas étonnant que des citoyens inquiets remettent en question l’urgence des compressions budgétaires agressives que veut mettre en œuvre le PDG du Réseau Vitalité, Rino Volpé. Comme on l’a vu à la dernière réunion publique du Réseau Vitalité, M. Volpé se dit exaspéré par les questions qui reviennent sur les compressions qu’il impose. Ces compressions se font sans réelle consultation avec les professionnels de la santé. Interdire ou refuser de participer à un débat sur les coûts des soins de santé, c’est refuser de discuter avec les citoyens d’un choix de société fondamental. C’est une attitude déplorable qu’adopte M. Volpé.

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