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Amiante et transparence

On retrouve de l’amiante dans la moitié des écoles du District scolaire francophone Nord-Est. Voilà une nouvelle qui, de prime abord, peut sembler pour le moins inquiétante. Nos enfants fréquentent ces établissements et inspirent à pleins poumons de l’air contaminé jusqu’à un certain point. L’amiante, rappelons-le, est un produit toxique pouvant provoquer la mort.

Jusqu’à la fin des années 1970, l’amiante était couramment utilisé dans les matériaux de construction, en particulier en tant qu’isolant. Si votre demeure a été construite à cette époque, il est fort probable que cette substance s’y trouve, cachée quelque part sous le plancher, derrière le plafond, dans les murs, etc. Son utilisation est désormais proscrite depuis qu’on a découvert qu’en inhaler les fibres peut provoquer des maladies pulmonaires incurables, et souvent mortelles. Des centaines de travailleurs sont décédés de l’amiantose, la «maladie de l’amiante», avant que des mesures de sécurité et d’hygiène soient enfin mises en place.

Le fait que ce produit puisse se retrouver dans un endroit fréquenté pendant de longues heures par nos enfants n’a donc rien de rassurant.

L’idéal serait bien sûr de rénover toutes nos écoles qui contiennent de l’amiante, ou même de carrément les démolir et d’en ériger de nouvelles. Cette solution est toutefois impossible à mettre en oeuvre en raison de la facture qui serait prohibitive. Il en coûterait au gouvernement provincial des centaines de millions de dollars, peut-être même des milliards de dollars pour acheter cette paix d’esprit.

Une autre option pourrait être de fermer les plus petites écoles touchées et de transférer les élèves. Elle risque toutefois de rencontrer encore plus de résistance au sein des communautés.

Surtout, nous savons que c’est quand il est en suspension dans l’air, c’est-à-dire qu’il n’est plus prisonnier d’un autre matériau, que l’amiante est dangereux. Des analyses de la qualité de l’air permettent de connaître le niveau de cette substance, et donc de savoir s’il y a danger.

Malgré tout, le doute demeure. Plus tôt cette semaine, un concierge de l’école de Pokemouche (laquelle a ouvert ses portes en 1964) a témoigné sur les ondes du diffuseur public être atteint d’une grave maladie pulmonaire. Il soupçonne que de nombreuses années à travailler dans cet établissement, où se trouve de l’amiante, pourraient avoir contribué à son état. Son témoignage a inquiété tant des parents que des membres du personnel, au point où l’école a été fermée une journée, le temps de faire des analyses.

Les résultats ont été négatifs. Les taux d’amiante dans l’air de l’école de Pokemouche sont très inférieurs aux normes, comme c’est sans doute le cas dans toutes les écoles du district. Les élèves sont de retour en classe depuis mardi.

Tant la direction de l’école que le district scolaire ont agi avec efficacité et célérité dans ce dossier. Une rencontre publique a eu lieu mercredi soir et a permis de faire le point, même si des inquiétudes persistent.

Toutefois, cet incident a mis en valeur l’importance de faire preuve de transparence à propos d’un sujet qui, après tout, touche la santé de nos enfants. En effet, chaque année depuis presque 10 ans, les écoles sont inspectées afin de vérifier l’état des matériaux de construction qui contiennent cette substance toxique. Or, dans le cas de Pokemouche, tous semblaient ignorer que l’édifice contenait ce produit.

Il y a 21 écoles dans tout le district qui ont de l’amiante, et il est probable que tant du côté du personnel que des parents des élèves qui fréquentent ces établissements, on ignore ce qu’il en est. L’explication du district, voulant qu’il y ait eu des changements de personnel et que les personnes qui auraient dû être avisées ne l’ont peut-être pas été, est plutôt vague, pour ne pas dire faible.

Or, nous croyons qu’il faut privilégier la transparence. Heureusement, le District scolaire francophone Nord-Est l’a finalement compris, et a mis un plan de communication en action. C’est en effet en expliquant clairement la situation avec des faits et des analyses à l’appui que le district réussira à rassurer les parents, mais aussi tous ceux qui fréquentent des écoles d’un certain âge, et qui se demandent quelle substance se trouve dans les murs.

La plupart des gens sont raisonnables. Si on leur donne l’heure juste et qu’ils n’ont pas l’impression qu’on leur cache de l’information importante, ils agiront de façon responsable.

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