Renouveler le système de santé

le mercredi 27 février, 2013

Fraîchement sortis du Secrétariat du renouveau du système de santé, les nouveaux présidents-directeurs généraux des réseaux de santé Vitalité, Rino Volpé, et Horizon, John McGarry, se sont empressés d’annoncer les compressions budgétaires qu’ils comptaient mettre en œuvre dans le Réseau qu’ils dirigent. Toutefois, selon les premières informations rendues publiques, Rino Volpé va plus loin que John McGarry.

La semaine dernière, John McGarry a annoncé une restructuration du Réseau de santé Horizon, où six postes de vice-présidents ont été supprimés, passant de onze vice-présidents à cinq. L’équipe de direction du Réseau Horizon passerait de douze personnes à sept. McGarry s’est contenté de déclarer à la presse qu’il devait trouver 3 millions $ en compressions pour l’année 2013-2014. Il n’a pas voulu ni chiffrer les économies réalisées par la restructuration ni donner de détails sur les compressions pour atteindre l’objectif de 3 millions $.

Dans le cas de la Régie de santé Vitalité, Volpé a annoncé qu’il visait la suppression de 400 postes d’ici trois ans, dont la moitié au cours de la prochaine année fiscale. Selon ce que nous rapportions dans notre édition d’hier, la moitié des postes supprimés l’an prochain seront dans le secteur administratif. Il estime que d’ici trois ans, ces compressions permettront d’économiser 24 millions $ par année.

Plusieurs intervenants, y compris les professionnels de la santé et ceux du secteur communautaire, conviennent qu’il y a un certain ménage à faire dans la structure administrative des régies, jugée trop lourde, inefficace à certains égards et, par conséquent, inutilement dispendieuse.

Ce qui peut par contre inquiéter les citoyens, particulièrement les plus âgés, c’est que l’exercice de renouvellement du système de santé s’effectue principalement, jusqu’à maintenant, sur la base financière. L’an dernier, après que la ministre de la Santé, Madeleine Dubé, a lancé l’initiative «Rebâtir les soins de santé ensemble», le gouvernement du Nouveau-Brunswick a reçu plusieurs suggestions visant à aider le gouvernement à améliorer le système de santé. Le Collège des médecins, le Syndicat des infirmières, des organismes non gouvernementaux et des individus ont présenté des mémoires dans l’espoir que le nouveau plan de santé tienne compte de leurs suggestions. L’objectif commun qui ressort de ces suggestions s’articule sur l’amélioration des soins et des moyens à employer pour y arriver, sans pour autant augmenter la facture.

Retenons des leçons de la réforme des soins de santé qu’avait entreprise le gouvernement Lord. Ce qui avait empêché cette réforme de bien fonctionner, c’était justement de s’être empressé de procéder à la suppression de lits et à la fermeture d’hôpitaux et d’urgences avant de mettre en place des services appelés à compenser la réduction de l’accès à des services de santé essentiels.

Bien sûr, tant les régies de santé que le ministre tentent de rassurer la population en affirmant que les plans de compressions ne toucheront pas la qualité de la livraison des services aux patients. La réforme de 2005 avait aussi les mêmes prétentions. Les autorités politiques savent bien que la majorité des citoyens tiennent à un système de santé accessible et efficace. Ce n’est donc pas surprenant que l’annonce de compressions budgétaires immédiates s’accompagne de promesses de ne pas affecter la qualité des soins.

La question qui se pose sur l’annonce des compressions et des objectifs de réduction du budget de la santé est simple: les administrateurs tant du ministère que des régies, tout chevronnés qu’ils puissent être, ont-ils consulté les professionnels de la santé en fixant leurs objectifs budgétaires?

Nous convenons que le système de santé est dispendieux. L’accès universel à un système de santé de qualité est toutefois un choix de société qui ne doit pas être compromis. Nous observons, à la lumière des déclarations tant du ministre de la Santé que des PDG des régies de la santé, que la priorité est de réduire les dépenses le plus vite possible. Tant qu’on ne nous fournira pas plus de détails sur les services et le personnel ciblés par ces compressions, nous avons le devoir de rester vigilants et nous nous attribuons le privilège de rester sceptiques.