Réforme de la santé: Bastarache, un atout de poids pour les francophones L’avis de l’ancien juge pourrait forcer le gouvernement à négocier, de peur de se retrouver devant les tribunaux

Dieppe – Étant donné l’ampleur que prend le mouvement d’opposition à la réforme de la santé, en particulier avec la venue de l’ancien
juge Michel Bastarache en tant qu’avocat dans le dossier, il serait dans l’intérêt du gouvernement d’en arriver à un compromis, croit le
professeur de sciences politiques à l’Université St. Thomas, Rick Myers.
Le groupe Égalité santé en français au Nouveau-Brunswick, récemment incorporé, a demandé un avis juridique sur la possibilité d’une
éventuelle poursuite contre la réforme Murphy, en entier ou en partie. Les avocats qui s’en chargent sont Mes Bastarache, Michel
Doucet et Mark Power, soit trois juristes connaissant les droits linguistiques sur le bout des doigts.
« J’ai l’impression que le gouvernement a intérêt à résoudre la situation. S’il y a une possibilité de régler la question à l’amiable », a
commenté le professeur.
Celui-ci croit que la venue de l’ancien juge pourrait faire changer la position du gouvernement, mais ignore s’il y a possibilité de
négociation.
« Je pense que le ministre est déterminé à continuer ses politiques dans ce domaine », a laissé tomber M. Myers.
Ce dernier a ajouté que le dossier doit être pris au sérieux par le gouvernement, puisque son évolution montre que l’objection à la
réforme ne provient pas seulement d’un petit groupe.
Il ne croit pas qu’un tel dossier, seul, influence grandement un vote électoral, mais qu’une suite d’événements pourrait changer
l’attitude de la population envers le gouvernement. Reste à voir si le mécontentement pour l’éducation postsecondaire, pour l’immersion
française et maintenant pour la santé pourrait créer la perception chez certaines personnes que le gouvernement a tendance à
« manquer de prudence ».
Le professeur Myers estime qu’il n’y a pas eu de grandes contestations du genre lors du précédent gouvernement, puisqu’il « avait peutêtre
le problème contraire. Qu’il n’avait pas suffisamment d’initiatives; qu’il avait tendance à agir lentement ».
Selon le professeur au Département de sciences politiques à l’Université de Moncton, Chedly Balkhodja, il serait préférable qu’un
gouvernement soit plus attentif à ce qui se passe dans la société avant de prendre une décision qui peut avoir de grandes
conséquences.
« Ce qui est frappant, et c’est un phénomène qu’on voit partout, c’est la judiciarisation du politique. C’est en raison de la menace d’une
poursuite que, parfois, le politique va bouger, a-t-il noté. Ça montre un peu la faiblesse du politique. Je trouve que c’est un peu de dire
aux politiciens qu’ils ne sont peut-être pas capables de prendre de bonnes décisions. »
D’après lui, de nommer un ancien juge donne certes une plus forte crédibilité à la cause, mais il indique qu’il est difficile de dire si ce
dossier pourrait nuire au Parti libéral aux prochaines élections provinciales.
Le ministère de la Santé a refusé de commenter la venue de Michel Bastarache dans le dossier et la possibilité d’une action judiciaire.