Promesses creuses

Un des phénomènes difficiles à avaler au fil des ans, c’est le désillusionnement et le cynisme dans lesquels nous plonge le monde
politique. Politiciens de tout acabit courtisent, se montrent progressistes – du moins jusqu’au jour des élections – et, après, oublient. Ils
créent des réformes et imposent des situations qui n’ont été ni prévues ni voulues, améliorant peu les choses, mais économisant des
sous, paraît-il!
Il y a peu de temps, le ministre de la Santé annonçait à Radio-Canada que dorénavant le Nouveau-Brunswick ne connaîtrait que deux
régies: une anglophone et une francophone. Certains s’en sont réjouis trop hâtivement pour apprendre que la loi ne disait pas un traître mot du facteur linguistique. Le ministre s’explique disant qu’il ne veut pas constituer une dualité, comme si deux réseaux d’hôpitaux le présupposaient. La question qu’il faut se poser: les Acadiens ont-ils droit à des institutions qui leur sont propres: hospitalières, scolaires, économiques, paroissiales et autres? Des institutions où la langue de fonctionnement et de travail est le français?
Le droit aux institutions est un facteur fondamental relativement à l’épanouissement et au développement de toute communauté
humaine, et davantage si celle-ci est minoritaire, donc fragile. Comment, autrement, peut-on supposer de créer un sentiment
d’appartenance, un sentiment identitaire? La Cour d’appel de l’Ontario l’a reconnu dans le cas de l’hôpital Montfort. Et si la langue n’était pas importante, pourquoi la présence du groupe linguistique le serait-elle? Il ne resterait qu’à prononcer l’arrêt de mort: l’assimilation par l’anglicisation.
Les gouvernements opèrent en fonction des majorités. Quand le premier ministre McKenna abolissait les conseils scolaires, il affectait
grandement la collectivité francophone; sa réforme sur la santé – Made in Ontario – reprise peu après par les conservateurs de Bernard
Lord, s’est magistralement foutue de la question linguistique prétextant que ce que les gens veulent, ce sont des soins de santé de
qualité et non des soins de santé en français; les hôpitaux allaient donc devoir planifier ensemble, Georges-Dumont et Moncton City,
Edmundston et Fredericton, le Nord et Miramichi. On allait couper les services importants des plus petits centres. Seul Saint-Jean allait demeurer intact avec ce qu’il y a de mieux comme services de santé. Est-ce bien ce qu’on veut dire par égalité des deux communautés linguistiques? Ou s’agirait-il de poudre aux yeux ou d’un symbolisme creux?
Il n’y a pas si longtemps, Shawn Graham promettait une régie de la santé pour la Péninsule. En 2003, à Saint-Louis-de-Kent, devant
les aînés en congrès, à une question que le soussigné posait, il admettait qu’un gouvernement dont il aurait la direction reconnaîtrait
l’Hôpital régional Dr-Georges-L.-Dumont comme institution provinciale, tout comme l’avaient fait précédemment Frank McKenna et
Richard Hatfield. Des promesses creuses ou des mensonges?
Ce qui choque plus que tout dans la réforme du ministre Murphy, c’est l’article de la loi qui interdit de contester la législation. Cela ne
ressemble-t-il pas à du Stephen Harper tout craché? De quoi les gouvernements ont-ils peur? N’ont-ils pas le gros bout du bâton? Ne
peuvent-ils pas, s’ils le veulent, tout écraser sur leur passage, sauf les électeurs au bout du compte? Les dictatures n’en font-elles pas
autant? Le projet de loi n’est pas adopté encore que les amis du parti, les nouveaux administrateurs des régies, sont en place défendant
les intérêts des législateurs qui les ont nommés. À la porte les élus, et que le bénévolat soit remplacé par des copains et des copines
bien rémunérés. Bonnes claques dans la gueule de la démocratie!
Il faut se méfier de ces entités administratives monstres: elles ne favorisent pas automatiquement la créativité, l’efficacité, la
participation bénévole et de meilleurs soins. C’est Tommy Douglas qui disait: « Il y a beaucoup à dire d’une administration régionalisée:
le plus près des gens elle est, le mieux c’est ». Ajoutons que son parti est resté au pouvoir de 1944 à 1964, remportant cinq majorités
de suite. Peut-être y a-t-il un avantage à être à l’écoute de la population: c’est elle qui en définitive décide du sort des partis politiques
et des gouvernements.
Ce dont il faut se méfier plus que tout, c’est le glissement éventuel des services de santé vers la privatisation. Celle-ci crée des
systèmes parallèles, dont un pour les riches et l’autre pour les pauvres. Des études démontrent que les services privés coûtent plus
cher. Les gouvernements se vantent de diminuer les impôts, mais ils ne parlent jamais de la perte de services que le phénomène
occasionne. Vigilance! les gouvernements sont à nous passer un sapin!

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