Les mailles qui s’affaiblissent

e mercredi 27 mars, 2013

Dans pratiquement tous les sondages portant sur les principales préoccupations des citoyens, on constate que ceux-ci citent toujours deux secteurs auxquels ils tiennent absolument: la santé et l’éducation. Conscient de cette constance, le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick avait pris des engagements fermes et ambitieux en ce qui concerne la santé.

Le programme du parti du premier ministre Alward avait pris un engagement clair en 2010, après avoir énoncé l’importance d’offrir aux habitants de toutes les régions du Nouveau-Brunswick des soins de santé de qualité. Cet engagement était de s’assurer «que le budget annuel du ministère de la Santé augmente d’un minimum de 3 % par année, chaque année de son mandat de quatre ans». D’une certaine façon, il aurait été relativement facile de respecter cet engagement: le gouvernement fédéral verse aux provinces un montant qui augmente chaque année de 6 %. Mais en retardant l’inévitable, une hausse des impôts, le gouvernement s’est mis dans une position où il ne peut honorer ses engagements faits aux citoyens, faute d’argent dans ses coffres. Le budget de la santé reste donc au même niveau que l’an dernier, qui était pratiquement le même budget que l’année précédente… plutôt que d’augmenter de 3 %.

La décision de plafonner les paiements de l’assurance-maladie aux médecins à 425 millions $ est certes la mesure la plus controversée de ce budget. Depuis des mois, le gouvernement et les régies de la santé nous assurent que les soins de santé primaires, comme le service des médecins, ne seraient pas touchés par les mesures d’austérité auxquelles le ministère de la Santé est assujetti. À juste titre, la Société médicale du Nouveau-Brunswick s’est indignée de cette mesure. Les médecins et le gouvernement provincial, après des négociations acrimonieuses l’an dernier, en étaient venus à une entente de six ans. Ce plafonnement imposé aux paiements assurés par l’assurance-maladie n’était pas prévu dans l’entente. Comment le gouvernement compte-t-il gérer ce plafonnement, quelles en seront les conséquences pratiques sur les patients, des questions auxquelles le gouvernement n’a pas encore répondu.

En éducation, c’est l’éducation postsecondaire qui profite d’une augmentation de budget, alors que celui du ministère de l’Éducation reste stable. L’éducation postsecondaire hérite d’une augmentation de près de 15 millions $. Le volet de l’aide financière aux étudiants passe de près de 20 millions l’an dernier à près de 59 millions cette année. Le budget accordé au réseau des collèges communautaires est resté stable.

Le budget de l’éducation postsecondaire est quand même critiqué pour deux raisons. Le financement aux universités n’est pas bonifié, même si le gouvernement a imposé un plafond sur les droits de scolarité.

Sur le plan de la formation professionnelle, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick aurait aimé que le gouvernement réponde à son appel d’intensifier ses investissements dans ce secteur pour approvisionner les entrepreneurs de la province en main-d’œuvre qualifiée. À partir de l’an prochain, en avril 2014, l’aide fédérale en matière de formation professionnelle sera conditionnelle aux priorités établies par le gouvernement Harper. Ces priorités visent à répondre principalement aux besoins du secteur manufacturier du sud de l’Ontario et au secteur pétrolier de l’Alberta ainsi qu’à l’industrie de l’aérospatial, principalement établie en Ontario et au Québec. Il sera plus difficile de convaincre le fédéral de financer les programmes de formation visés par la majorité de nos entrepreneurs ici, au Nouveau-Brunswick.

En s’obstinant à ne pas augmenter ses sources de revenus par l’augmentation des impôts, alors qu’il était évident qu’il devait le faire, le gouvernement Alward s’est privé des fonds nécessaires pour maintenir le filet social que sont l’assurance-maladie et l’accès à l’éducation postsecondaire. Il a ainsi fragilisé non seulement l’assurance-maladie, mais aussi le développement des universités et des programmes de formation professionnelle. Pour un gouvernement qui dit se tourner vers l’innovation, affaiblir l’éducation postsecondaire ne semble pas la bonne voie à emprunter.