Le système de santé canadien n’est pas assez performant, selon un auteur

le mercredi 27 mars, 2013

MONCTON – Nous payons trop cher notre système de santé publique. C’est ce qu’avance Jeffrey Simpson, chroniqueur politique au Globe & Mail, dans Chronic Condition, une analyse du système de santé canadien.

Le système de santé au Canada, en fait, n’est pas assez performant pour les frais qu’il engendre, selon l’auteur qui était de passage à Moncton mardi pour une série de conférences. Pour reprendre l’analogie de M. Simpson, nous conduisons une Chevrolet au prix d’une Cadillac.

Au Nouveau-Brunswick, le ministère de la Santé dispose d’environ 2,6 milliards $ par année. Cela représente près de 30,5 % du budget déposé mardi par le ministre des Finances, Blaine Higgs.

Comparativement au précédent exercice financier, le budget de la santé a diminué d’un peu plus de 1 %. Par contre, de 2000 à 2010, les frais associés à la santé ont augmenté de 7 % en moyenne annuellement.

«L’économie du Nouveau-Brunswick ne grandissait probablement pas de 7 % par année à cette époque. Celle du Canada n’évoluait pas de 7 % par année. Les revenus du Nouveau-Brunswick n’atteignaient pas 7 % non plus», a rappelé M. Simpson.

La population est vieillissante. Environ 14 % des Canadiens sont âgés de 65 ans et plus. En 2020, cette statistique grimpera à 20 %. Il y aura donc de moins en moins de contribuables pour défrayer les coûts du système de santé alors que la pression financière se fera de plus en plus forte.

En 2007, per capita, il en coûtait 3809 $ pour une personne âgée de 1 à 64 ans dans le système de santé, alors que pour un Canadien âgé de 70 à 74 ans, il en coûtait 7732 $, selon ce qu’on peut lire dans l’ouvrage de M. Simpson.

«Nous sommes dans le top 5 des pays qui dépensent le plus par personne en santé. Tant mieux, nous sommes riches! Le problème, c’est que nous sommes dans la catégorie des pays qui dépensent le plus en santé et que nos résultats ne sont que moyens», a insisté M. Simpson.

Il faut souligner qu’en 2010, le Canada s’est classé sixième sur sept pays dans une étude du Commonwealth Fund sur la satisfaction des citoyens face au système de santé. Les États-Unis sont arrivés bons derniers.

«Nous n’avons pas le meilleur système de santé au monde. L’injection constante de fonds additionnels ne va pas améliorer le système. Il faut changer le système pour l’adapter au vieillissement de la population», a analysé celui qui a été fait Officier de l’Ordre du Canada.

La solution? Le privé devrait jouer un plus grand rôle, d’après M. Simpson. Il ne parle cependant pas de privatisation du système. Il avance plutôt que les soins de santé pourrait bénéficier d’une sous-traitance dans des secteurs ciblés. Par exemple, les chirurgies de routine pourraient se faire dans le secteur privé et remboursées par l’État alors que les chirurgies plus complexes se dérouleraient dans les installations du secteur public.

«Voici ce que je crois. Aux endroits opportuns, si ces trois critères sont présents – aucune diminution de la qualité des services, aucun coût additionnel et un accès plus rapide – nous ne devrions pas avoir peur de la livraison par le privé de soins de santé payés et administrés par le secteur public. Cela ne serait pas inconsistant avec la Loi canadienne sur la santé», a avancé l’auteur.

En pratique, il y a toujours eu, à l’intérieur même du système de santé, une certaine privatisation puisque les médecins ne sont pas des employés de l’État. La plupart, en réalité, facturent à l’acte le gouvernement provincial.

«Il y a toujours eu une livraison par le privé des services de soins de santé dans notre système. Depuis le début. Les médecins n’ont pas un salaire annuel, ils ne sont pas des fonctionnaires ou des employés de l’État. Nous avons dit aux médecins, voici notre système de santé dans lequel vous allez travailler en tant qu’entités privées», a conclu M. Simpson.

L’idée d’un système parallèle est bien accueillie

Il n’est pas question de verser totalement dans le secteur privé lorsqu’on discute du système de santé avec le directeur du Centre de formation médicale du Nouveau-Brunswick, le Dr Aurel Schofield. Il est cependant clair que le privé pourrait, de façon parallèle, optimiser le système de santé publique.

«Je pense qu’il y a de la place pour organiser un système qui permettrait les deux méthodes de fonctionnement. Penser aller totalement vers un système privé, ce n’est pas ça du tout», a-t-il confié à l’Acadie Nouvelle.

M. Schofield réagissait aux propos de Jeffrey Simpson, chroniqueur politique au Globe & Mail et auteur d’un imposant ouvrage sur le système de santé canadien.

M. Simpson a en effet prêché pour un plus grand rôle du privé dans le système de santé canadien sans toutefois parler de privatisation.

«C’est clair qu’avoir un système parallèle qui pourrait enlever la compétition pour les salles d’opération pour les chirurgies les plus urgentes, qui pourraient aussi être utilisées les soirs et les fins de semaine, est un élément très intéressant», a indiqué le Dr Schofield.

Lors de sa conférence, M. Simpson a également avancé que le salaire versé aux médecins est trop élevé au Canada. Il faudrait, selon lui, revoir la rémunération des médecins dans son ensemble et indexer les augmentations à l’inflation.

Le Dr Schofield croit qu’il s’agit là d’une approche judicieuse.

«Je pense que c’est raisonnable d’indexer le salaire des médecins afin qu’il soit plus conforme au développement économique national, provincial et local. Il faudrait aussi se sortir d’un système de compétition entre provinces. Je crois que ça n’aide pas personne. Toute la méthode de rémunération des médecins devrait être révisée», indiqué M. Schofield.