Le cri du coeur du père d’un adulte schizophrène

le dimanche 14 avril, 2013

DIEPPE – Psychologue à la retraite et père d’un enfant schizophrène, Albert Cyr demande au gouvernement provincial d’agir dans le dossier de la santé mentale, en rappelant qu’une refonte de la législation est devenue nécessaire pour les parents d’adultes aux prises avec des problèmes mentaux.

En mai 2011, la ministre de la Santé de l’époque, Madeleine Dubé, dévoilait en grande pompe son Plan d’action sur la santé mentale 2011-2018. L’objectif est ambitieux. Le système devra être transformé pour être axé sur le patient. Cette transformation, selon le plan de 28 pages, passera surtout par la collaboration.

«Le partenariat et la collaboration entre la personne, la famille, la collectivité, l’entreprise et le gouvernement sont essentiels à une promotion de la santé mentale et du mieux-être», peut-on lire dans le document.

Pourtant, en tant que parent, M. Cyr n’a aucun mot à dire sur les traitements que son fils décide ou non de recevoir, puisqu’il est majeur. En d’autres mots, les parents d’un enfant âgé de 19 ans ou plus n’ont rien à dire sur son choix de prendre un traitement ou de le refuser, même en période d’incapacité mentale.

«Parce que mon fils refusait la médication, ils ont arrêté de la lui donner puisqu’ils peuvent seulement forcer le traitement si le patient est un danger pour lui-même ou pour les autres. C’est ce que la loi prévoit au Nouveau-Brunswick. Ce que je réclame, c’est que tout ça soit remplacé par une gestion du consentement», a expliqué M. Albert, ancien directeur régional des services de santé mentale, pour la région allant de Bathurst à Miramichi.

Ce refus de prendre ses médicaments a eu d’importantes conséquences pour le fils d’Albert Cyr. Entre autres, le jeune homme, alors majeur, a quitté le domicile familial pendant plusieurs semaines sans en avertir ses parents. Les autorités l’ont retrouvé au Manitoba un mois et demi plus tard.

Maintenant, le fils de M. Cyr demeure en résidence. Il est cependant quasi impossible pour son père d’obtenir de l’information sur la santé de son fils et les traitements qui lui sont fournis.

Il faudrait, selon M. Cyr, modifier la Loi sur la santé mentale du Nouveau-Brunswick pour permettre une «influence décisionnelle des parents» sur le traitement d’un membre majeur de la famille, et ce, même si cela voudrait dire empiéter sur les libertés civiles de cette personne.

«Il y a eu des tentatives de modifier la loi dans le passé, mais ç’a été rejeté puisque ça interférait avec les libertés civiles des individus. Pour exercer ses libertés civiles, il faut cependant être en bonne santé mentale. Autrement, comment peut-on y arriver?», a avancé le psychologue à l’Acadie Nouvelle.

«Le Nouveau-Brunswick est l’une des deux seules provinces au Canada qui n’a pas de statuts juridiques garantissant l’accès aux soins médicaux durant les périodes d’incapacité mentale. La présente loi part de la notion que cela interfère avec les libertés individuelles du patient. Cependant, la majorité des provinces ont réussi à modifier cette perception des libertés civiles.»

«Les spécialistes s’entendent pour dire que le plus longtemps et le plus souvent le traitement est interrompu pour certaines conditions médicales, le plus sévère est la détérioration du patient et le plus substantielles sont les conséquences de cette détérioration».

Ce n’est pas là la seule raison pour laquelle la loi devrait être révisée, dit-il. Il est temps de l’actualiser pour qu’elle s’adapte aux avancées rapides de la science dans les domaines de la psychologie et de la psychiatrie.

«La loi est basée sur une situation et des croyances qui existaient à une époque, mais la science a tellement évolué rapidement que si on ne prend pas le temps de réviser la loi, tous les changements qu’on apportera au système actuel risquent d’être superficiels», a indiqué M. Cyr.

Le ministère de la Santé a toutefois confirmé à l’Acadie Nouvelle qu’il ne prévoit pas de changement législatif concernant la Loi sur la santé mentale