Langue en santé: compromis et bon sens

le dimanche 28 octobre, 2012

Jean Soucie, MD
Edmundston

Comme francophone du Nouveau-Brunswick, je trouve inquiétante la couverture médiatique des deux communautés linguistiques sur la question du bilinguisme officiel de notre province. Pour la plupart des gens, il y a beaucoup de confusion et d’ignorance concernant le bilinguisme institutionnel, personnel et la dualité.

Il est grand temps que les deux communautés linguistiques se parlent dans cette province. Cela inclut les hommes d’affaires influents, les académies, les associations professionnelles et particulièrement à l’heure actuelle, les médecins.

Les Anglais ont besoin d’une leçon d’histoire afin de connaître l’importance de la survie, de la vitalité de notre communauté ainsi que les avantages de promouvoir cette vitalité dans toute la province. Par contre, il faut entendre les inquiétudes, fondées ou non, des anglophones concernant le dossier des langues officielles. Les militants ont un rôle à jouer pour sonner l’alarme, mais à la fin de la journée, il faut des compromis. Mon beau pays a été fondé et a progressé avec des compromis.

C’est mon opinion que c’est surtout la question concernant le dédoublement des services tertiaires du N.-B. qui est à la base de cette «offensive inquiétante» contre le bilinguisme officiel. Ce dossier seul pourrait faire reculer nos gains des 40 dernières années.

On pourrait peut-être bénéficier d’une étude très sérieuse sur l’impact d’un dédoublement des soins tertiaires du N.-B. portant sur la qualité des soins, le recrutement ou encore pire, la perte de spécialistes de haute qualité. Est-ce que les besoins réels, la tendance démographique et la réalité économique justifient cette initiative? Peut-être que le Collège royal et la Fédération des spécialistes du Québec pourraient éclaircir ces questions. À mon humble avis, une fracture des services tertiaires hautement spécialisés dans une petite province comme la nôtre constitue un réel danger pour la qualité des soins.

Aussi, il faut se demander si des soins tertiaires offerts dans un service bilingue au N.-B. constituent un risque pour la survie et la vitalité de la communauté francophone. Moi, je pense que non. Sur le plan académique, c’est certain qu’on va avoir des divergences d’opinions (contexte domination de la majorité), mais dans la réalité de tous les jours? Où est le bon sens ici?

Toute cette polémique entourant le langage et les soins de santé aura quand même démontré aux Anglais l’importance capitale que les francophones attachent à un service parfaitement bilingue dans les services tertiaires.

En 1990, j’étais membre du comité d’implantation du centre de chirurgie cardiaque à Saint-Jean et on s’est entendus sur le développement progressif d’un service complètement bilingue. Je suis satisfait des efforts déployés à date et qui vont continuer de s’améliorer. Pratiquement, la totalité des patients du Nord-Ouest que j’ai référés à Saint-Jean en chirurgie cardiaque étaient satisfaits des services et des efforts de communiquer en français. De même pour les anglophones que j’ai référés à Dr.-Georges-L.-Dumont en oncologie et en radiothérapie.

En terminant, j’ai toujours l’opinion que le dossier de la langue ne doit pas se faire sur le dos des malades. Il ne faut pas que notre province soit contrôlée par des groupes extrémistes qui ne pourront jamais se rejoindre.