L’ancien PDG de la Régie Beauséjour critique la réforme de la santé « Le ministre de la Santé se trouve dans une position quasi royale »

DIEPPE – À la retraite depuis quelques jours, Dr Louis-Marie Simard, ancien président-directeur-général de la Régie de la santé
Beauséjour, n’est plus tenu de garder la loi du silence. Il n’en fallait pas plus pour qu’il décrie haut et fort la réforme de la santé du
gouvernement Graham qui, selon lui, centralise à outrance les services de santé.
En mars, le ministre de la Santé, Michael Murphy, présentait sa réforme de la santé et la refonte des huit régies régionales de la santé
en deux entités en avançant que les régies entretenaient entre elles une concurrence malsaine en plus d’enregistrer chaque année des
déficits importants. D’après M. Simard, les conseillers des anciennes régies qui étaient élus constituaient un mince filet de protection qui vient de disparaître en même temps que la possibilité de sonder, d’informer et de parler au nom des citoyens.
« La santé est l’élément budgétaire le plus important et on veut gérer tout ça sans la participation des citoyens. Le système actuel
centralise à outrance les services de la santé. Il n’en restait déjà pas grand-chose, mais au moins, on avait des membres des conseils
d’administration qui devaient rendre des comptes à la population », estime Dr Simard.
Les membres des conseils d’administration des régies A et B seront nommés par le ministre de la Santé et rémunérés par le
gouvernement, explique M. Simard, en ajoutant que cela soulève des problèmes importants. « Parce qu’ils ont eu l’honneur d’être choisis, croyez-vous que ces gens-là vont être très critiques par rapport aux décisions du ministre?
De toute façon, s’ils avaient envie de l’être, le ministre a toute l’autorité. Le ministre de la Santé se trouve dans une position quasi
royale dans laquelle il a tous les pouvoirs », affirme Dr Simard. L’ex-PDG de la Régie Beauséjour avance que la réforme ne repose pas sur des bases solides et qu’elle coûtera davantage aux citoyens.
« Il n’y a aucune évidence scientifique solide derrière la réforme. Le prétexte de l’argent et puis de la concurrence n’a tout simplement
pas de bon sens. La centralisation va coûter plus cher parce qu’on rajoute des couches de bureaucrates, les décisions ne pourront se
prendre localement et il faudra tout un système de communication. »
M. Simard n’y va pas de main morte à l’endroit du gouvernement, qualifiant la situation de « déficit démocratique ».
« Ce qui me déçoit le plus, c’est ce déficit démocratique. Je n’ai pas utilisé le mot fascisme, mais c’est peut-être le bon, parce que les
décisions sont prises comme dans un état totalitaire. D’ailleurs, la loi prévoyait déjà qu’on ne pourrait pas poursuivre le gouvernement après son adoption », dénonce-t-il.

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