La santé et la popularité

Ce n’est pas pour rien que le chef du Parti progressiste conservateur du Nouveau-Brunswick, David Alward, avait promis en campagne électorale de faire croître d’au moins 3 % par année les investissements en santé. Pour la majorité des citoyens, tant du Nouveau-Brunswick que du Canada, l’accès universel aux soins de santé et leur efficacité sont en tête de liste de leurs préoccupations principales.

Cette semaine, le ministre de la Santé, Ted Flemming, a dévoilé le plan de santé, baptisé «Rebâtir les soins de santé ensemble». Qu’est-ce que ce «plan de santé»? À qui s’adresse-t-il? Et surtout, comment façonnera-t-il les soins de santé au Nouveau-Brunswick?

On serait portés à croire que ce plan de santé s’adresse aux citoyens de la province. En fait, selon le communiqué émis par le ministre de la Santé, le plan s’adresse principalement aux professionnels de la santé et aux administrateurs qui travaillent dans le système de santé. Il vise à établir quels sont les secteurs prioritaires d’intervention du système de santé au Nouveau-Brunswick pour les cinq prochaines années. Le plan vise aussi à encourager les citoyens du Nouveau-Brunswick à reprendre en main leur santé et à concevoir pour l’avenir un système de santé viable «tout en encourageant l’innovation et en améliorant la qualité des soins et la satisfaction des patients».

Le bât blesse dans ce plan de santé là où il manque de précisions sur les moyens que le gouvernement mettra en œuvre pour arriver aux nobles objectifs qu’il se fixe. C’est d’ailleurs la réaction du président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, le Dr Robert Desjardins. À la sortie de la conférence de presse du ministre, le président de la Société médicale a résumé ainsi ce qu’il venait d’entendre: «beaucoup de philosophie, peu de détails». En d’autres mots, le ministre Flemming a beaucoup parlé de ce qu’il voulait faire, mais il a offert bien peu de détails sur la façon dont il comptait le faire. Après avoir lu ce plan de santé, nous arrivons à la même conclusion. Alors, comment le gouvernement façonnera-t-il le système de santé pour l’avenir? Mystère et boule de gomme.

L’appel à la population pour qu’elle se discipline dans sa façon de faire appel aux soins de santé est par contre bien légitime. Comme usagers du système de santé, il serait beaucoup moins coûteux si nous prenions nos responsabilités: faire davantage d’exercices et adopter des habitudes de vie saines.

Il faut toutefois retenir qu’il est clair que le gouvernement Alward tourne le dos à un des principaux engagements de sa campagne électorale. Plutôt que d’assurer une croissance continue dans les investissements en santé, il compte faire mieux avec moins de moyens financiers. Est-ce bien réaliste de pouvoir y arriver? Les sceptiques sont nombreux.

Dans cette obsession qu’est devenue la sienne de comprimer les dépenses et d’annoncer sans précisions des centaines de postes qui seront supprimés, comme au Réseau de santé Vitalité, le gouvernement crée un climat d’incertitude et de malaise parmi les professionnels de la santé. Ils se sentent les premiers visés et les premiers accusés comme cause de l’augmentation incessante des soins de santé au Nouveau-Brunswick. Pourtant, le phénomène est courant. Quant à la comparaison des ratios de dépenses par patient, à notre avis c’est faire fausse route que de se comparer à la moyenne nationale: le Nouveau-Brunswick est l’une des provinces les plus rurales au pays, et la densité moyenne plus faible de la population entraîne nécessairement une moyenne plus élevée des dépenses.

C’est bien d’encourager la population à se prendre en main et à prévenir les problèmes de santé en adoptant un mode de vie plus sain. Toutefois, il faudrait ajuster les capacités du système de santé en fonction d’une meilleure santé de l’ensemble de ses citoyens au moment où la situation aura changé. En attendant, il faudra bien continuer à soigner nos malades.