La Régie A, parent pauvre du système de santé

CARAQUET – Au-delà de la dualité en santé, il faut surtout se concentrer sur l’égalité des services entre les deux communautés
linguistiques, croit le Dr Hubert Dupuis, médecin et président du Comité pour l’égalité en santé.
Lors d’une rencontre éditoriale dans les bureaux de L’Acadie NOUVELLE, le Dr Dupuis a déploré le fait que les patients des deux régies
nouvellement créées n’ont pas accès à la même gamme de services.
« Pourquoi y a-t-il deux sortes de citoyens dans cette province? », s’est questionné le Dr Dupuis. « Pourquoi les patients de la Régie A
n’ont pas accès aux mêmes services qu’à la Régie B? Est-ce qu’on a des cornes? Quel est le problème? Tout le monde a le droit d’avoir
la même accessibilité aux services, que ce soit des services primaires, secondaires ou tertiaires. Et il y a un flagrant déséquilibre au
niveau des services tertiaires. »
En effet, la Régie B compte trois laboratoires cardiaques, le seul centre de chirurgie cardiaque, deux centres de neurochirurgie, la seule
unité de pédopsychiatrie, deux centres de traumatologie, le seul appareil de tomographie par émission de positons (PET Scan, en
anglais), deux centres pour grands brûlés et trois unités néonatales tertiaires. La Régie A, elle, n’offre aucun de ces services.
« Ça s’adonne que la Régie A, qui est majoritairement dans les régions francophones, est la pauvre, et la Régie B, qui est dans les
régions majoritairement anglophones, est la riche », indique Hubert Dupuis.
Le médecin était accompagné, hier, de la Dre Edmonde Gionet qui travaille à l’Hôpital régional Chaleur. Elle ne fait pas partie du Comité
pour l’égalité en santé et parlait donc en son propre nom. Elle a également du mal à s’expliquer ce déséquilibre.
« Je suis contre cette réforme parce que je crois que le gouvernement a encore divisé plus pour mieux régner, faire une division entre
les francophones et les anglophones, explique Dre Gionet. Une réforme imposée, nous en avons déjà eu une (la réforme d’Elvy
Robichaud, qui comprenait des pertes de services pour certains hôpitaux) et nous vivons encore avec ses conséquences. Les choses ne
sont pas encore guéries entre les régions et dans les hôpitaux, ça ne va pas beaucoup mieux qu’avant cette réforme-là. »
Edmonde Gionet regrette aussi que le ministre Michael Murphy n’ait pas consulté les médecins avant d’imposer sa réforme.
Se faire entendre
Les deux médecins s’inquiètent d’ailleurs à savoir comment les quelque 600 médecins de la Régie A feront pour s’entendre entre eux.
« Ça va être difficile, promet Dr Dupuis. Donc, ça va finir par être les gens en haut qui vont décider. C’est très inquiétant pour les petits
hôpitaux. Comment vont-ils se faire entendre dans ce système? »
Il soutient que les médecins du Sud qui font partie de la Régie A ne sont pas contre le fait que son siège social se situe à Bathurst.
« Nous, à l’hôpital Dumont, nous n’avons rien contre le fait que l’hôpital de Bathurst reçoive une unité néonatale ou un centre de grands
brûlés, avoue-t-il. Il faut améliorer les services de santé dans le Nord. Mais cette réforme n’amène pas un médecin ou un service de
plus, elle n’ouvre pas un lit de plus, elle n’aide pas à décongestionner les urgences. Tout ce qu’elle fait, c’est qu’elle décapite les
hôpitaux et les régies régionales. »
« Le Nord n’est pas gagnant si les services (francophones) s’effritent dans le Sud », rappelle Edmonde Gionet.
Dr Dupuis estime de plus que la division des régies s’est faite sur une base linguistique plutôt que géographique.
« Le gouvernement ne veut pas le dire, toutefois, parce qu’il prend des institutions acadiennes et francophones et les anéantit, raconte-til.
Si le projet de loi garantit, par écrit, que la Régie A est acadienne et francophone, ça réglerait un problème. Mais il faut l’écrire. »

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