La langue et la confiance

Ce n’est pas la première fois que nous le soulignons, le dossier de la santé dispose de l’étrange pouvoir de diviser les communautés. Est-ce dû aux politiciens? Est-ce dû à la méfiance accumulée dans nos communautés à tout ce qui touche les décisions politiques sur la
santé?
Dans le dossier de la réforme des régies de la santé, le ministre de la Santé, Michael Murphy, est le premier et le seul responsable de la
méfiance qui s’est manifestée et qui persiste à l’égard de ses intentions. Il y a un peu plus d’un an que la presse avait informé les
citoyens que le ministre Murphy s’apprêtait à diminuer le nombre de régies, à passer de huit à deux. M. Murphy, pendant tout ce
temps, et systématiquement à chaque fois que la question lui a été posée, niait contempler une telle réforme. Il a finalement annoncé le
11 mars ce qu’il niait depuis un an avoir comme intention.
Lors de cette annonce du 11 mars, nous avions rapporté dans nos pages que le ministre Murphy créait deux régies, l’une anglophone,
l’autre francophone. Les réactions initiales de la communauté acadienne et francophone étaient généralement favorables, parce que tout
le monde avait compris la même chose. Hélas, nous avions tous mal compris… selon les politiciens.
« Pas question de dualité linguistique au ministère de la Santé », ont répliqué le premier ministre et le ministre de la Santé. Ce n’est donc
pas une régie francophone et une régie anglophone qui ont été créées, mais bien la Régie A et la Régie B. Le gouvernement ne veut pas
« créer de précédent » qui le forcerait à s’engager sur la voie de la dualité. Quelle pitoyable attitude!
Si nous convenons qu’il faut maintenir à un niveau raisonnable les frais de gestion du système de santé, en se fiant aux réactions
initiales des principaux porte-parole de la communauté acadienne, l’existence d’une régie francophone aurait représenté un compromis
fort acceptable. Qui plus est, accepter que tel soit son statut ne coûte pas plus cher que de la nommer Régie A.
Sans que cela leur coûte plus cher qu’ils ne l’avaient planifié, le premier ministre et le ministre de la Santé ont raté une belle occasion
de mettre en oeuvre un concept de gestion respectueux des deux communautés linguistiques de la province tout en atteignant l’objectif
de réaliser des économies. Nier ses intentions pendant un an, refuser d’accéder à une vision raisonnable de la communauté acadienne
et enrober tout cela d’un pare-feu judiciaire qui ferme la porte à toute négociation ou contestation, le ministre ne pouvait pas mieux
préparer les ingrédients de la méfiance et de la discorde.
Que ce soit pour les services de laboratoire de cathéter cardiaque ou pour le centre de traumatologie, sans compter l’appui acquis
depuis longtemps pour les services oncologiques, nous avons toujours appuyé, en exprimant le voeu de la communauté acadienne, que
ce soit « notre grand hôpital », Georges- L.-Dumont, qui soit le centre hospitalier spécialisé francophone de la province. Le succès de la
campagne de financement L’arbre de l’espoir n’en est-il pas un témoignage éloquent? Les arguments employés par les professionnels de
la santé à l’hôpital Georges-L.-Dumont ont de quoi surprendre la communauté acadienne du Nord qu’on accuse de vouloir dégarnir
Georges-L.-Dumont, ou de représenter un frein à son développement.
La communauté acadienne doit rester unie et rassemblée autour du même objectif: poursuivre le développement de Georges-L.-
Dumont. La communauté et le journal y veilleront vigoureusement. Pour continuer à progresser, ce grand hôpital doit continuer à
manifester son ouverture et son intérêt à travailler avec toute la communauté acadienne du N.-B., plutôt que de se replier et chercher
le confort autour d’un groupe restreint qui partage le même code postal.
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