La filiation des idées

Le gouvernement libéral nous annonçait une réforme audacieuse, une révolution dans la livraison des soins de santé. Le Nouveau-
Brunswick allait s’adapter, enfin, aux nouvelles réalités et aux nouvelles exigences. Rien n’était écarté, même pas une incursion du privé
pour diminuer les listes d’attente.
Trois ans, jour pour jour, après la mise en place de la réforme du conservateur Elvy Robichaud et après quelques reports, le ministre
libéral Michael Murphy a finalement dévoilé, hier, son Plan provincial de santé. Un plan ambitieux, mais sans grande originalité, qui
s’aligne sur le précédent et en reprend les principaux thèmes et objectifs.
Le nouveau plan, qui nécessitera des investissements de 154 millions $, contient plusieurs mesures intéressantes. Mais contrairement au
ministre Murphy, nous n’y voyons rien qui pourrait « transformer » en profondeur le système de santé.
M. Murphy annonce rien de moins que la fin des iniquités. Il est permis d’en douter. Son plan ne contient aucune initiative majeure
susceptible de lancer le rattrapage tant souhaité dans la livraison des services aux francophones, particulièrement ceux des régions
rurales.
Soit que le ministre minimise l’ampleur du problème, soit qu’il exagère la portée de ses initiatives.
Le ministre mise beaucoup sur la réforme de la structure de gouvernance du système de santé. Les régies, comme tout le monde le
sait, passeront de huit à deux, l’une fonctionnant en anglais, l’autre en français. M. Murphy croit que cela permettra d’économiser et de
mieux gérer tout en mettant un terme à la « concurrence malsaine » entre les régions. Nous n’en sommes pas du tout convaincus, surtout
à la lumière des réactions provenant de part et d’autre de la province. Pour obtenir des résultats concluants, il faudra que les
intervenants soient animés d’un nouvel esprit de collaboration et abandonnent leur vision paroissiale dans le partage des services et des
ressources humaines et financières. Ce n’est pas gagné d’avance. Il en faudra de la bonne volonté pour arriver à changer les
mentalités! Ce sera un énorme défi à relever. La mise en oeuvre de ces changements s’annonce périlleuse et les réflexes acquis
risquent de tout faire dérailler. Et il reste beaucoup trop de zones grises, beaucoup trop de questions sans réponses, pour partager
l’optimisme et l’enthousiasme du ministre.
Avec son projet d’autosuffisance, le gouvernement a mis la barre haute. Toutes ses actions, toutes ses décisions, convergent vers
l’atteinte de cet objectif ultime, répètent inlassablement le premier ministre et sa garde rapprochée. Eh bien, nous sommes en droit de
nous attendre à des plans, à des projets, qui vont de pair avec ses ambitions. À des initiatives qui sortent des sentiers battus et
permettent à ce gouvernement de se démarquer de ses prédécesseurs.
Or, le plan présenté hier est du même moule que celui de l’ancien gouvernement conservateur. C’est le deuxième chapitre.
L’opposition libérale avait vertement dénoncé le plan Robichaud, mais le gouvernement libéral s’en est largement inspiré. Les centres de
santé communautaires, les infirmières praticiennes, l’ajout des numéros de facturation, les programmes de traitement à la méthadone,
le registre des délais d’attente pour les chirurgies, c’est du déjà-vu.
Nous restons sur notre faim. Il aurait fallu des investissements majeurs ciblés et, surtout, une nouvelle approche axée sur la qualité des
services offerts aux patients. M. Murphy nous a plutôt servi du réchauffé, assaisonné de quelques nouveautés. Ce ne sera pas suffisant.
Le plan présenté hier est du même moule que celui de l’ancien gouvernement conservateur.

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