La « bilinguisation » des institutions inquiète Michel Doucet

DIEPPE – L’absence de débat au sein de la communauté francophone concernant la « bilinguisation » des institutions acadiennes inquiète fortement le juriste Michel Doucet.
L’avocat spécialiste des droits linguistiques des minorités se demande où sont passés les chiens de garde du fait français.
Il craint la « mise en péril, ou du moins la fragilisation » des institutions acadiennes, par suite des réformes du gouvernement Graham en
santé et en éducation postsecondaire. Personne ne semble réagir, dit-il, pas même la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-
Brunswick (SAANB).

« Soit que les gens ne sont pas conscients de ce qui est en train de se produire, soit au contraire qu’ils le sont et sont d’avis qu’il faut
retourner à des structures bilingues au sein desquelles on est minoritaires », présume-t-il. Il précise que le danger de structures bilingues concerne la gouvernance des institutions. Cela n’a rien à voir avec les services bilingues,qui sont souvent assurés même dans les institutions unilingues francophones, comme à l’hôpital Dr-Georges-L.-Dumont, où les patients anglophones sont facilement servis dans leur langue.
« Les gens confondent services bilingues et gouvernance bilingue. La véritable menace d’une structure bilingue pour la communauté
minoritaire francophone est de perdre son droit à la gouvernance. La gouvernance, c’est le pouvoir décisionnel », argumente Me Doucet. « Ceux qui se souviennent des structures bilingues en éducation se souviendront que les francophones y étaient minoritaires, ne pouvaient pas d’une certaine façon avoir le contrôle sur le développement de l’enseignement ou de l’éducation. C’est pour ça qu’on a eu la dualité au niveau des commissions scolaires, au niveau de l’enseignement postsecondaire, qu’on a opté pour une université
francophone et non bilingue, et en matière de santé, qu’on a créé (l’hôpital) Georges-Dumont et la Régie régionale Beauséjour dans le
Sud-Est », rappelle l’avocat.
Le juriste pense aussi que la réforme sur l’éducation postsecondaire, qui vise à gérer de façon plus conjointe les quatre universités
publiques (l’Université de Moncton ainsi que University of New Brunswick, Mount Allison et St. Thomas), pourrait être contestée devant les tribunaux à moins que de nouveaux éléments plus positifs pour la communauté francophone ne ressortent du plan.

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