Gâtés ou bien desservis?

Hier, le journal rapportait l’essence de la présentation du PDG du Réseau de santé Vitalité, Rino Volpé, à la Chambre de commerce de la région d’Edmundston. La dernière fois où nous avons abordé la question des coûts des soins de santé dans le réseau francophone du Nouveau-Brunswick, nous avions évoqué la prise de bec de M. Volpé avec un des membres de son conseil d’administration, tout en mettant en doute la nécessité des compressions budgétaires qu’il prévoyait faire dans le réseau.

En octobre, à sa demande, nous avons discuté pendant près de deux heures avec M. Volpé en rencontre éditoriale. Nous profitons donc de son passage à la Chambre de commerce d’Edmundston, et du message qu’il a livré, pour faire le point à la fois sur ses propos et sur ce que nous avions soulevé comme questions dans notre éditorial du début octobre.

D’abord, les habitants des régions rurales francophones du Nouveau-Brunswick seront sans doute soulagés d’avoir pris connaissance de l’engagement du réseau Vitalité de ne pas fermer les services d’urgence dans les régions rurales de la province. C’est une position que nous endossons, bien sûr, pour avoir maintes fois fait remarquer que les besoins des services de santé en région rurale diffèrent du profil de ces besoins en milieu urbain. M. Volpé, a réitéré à la Chambre de commerce d’Edmundston les propos du ministre de la Santé, Ted Flemming, livrés tant à l’Assemblée législative qu’à la presse: pas question de fermer des urgences dans l’un ou l’autre des réseaux. C’est toujours ça d’acquis. Restent les compressions de postes et de budgets.

Comme il l’a fait à la Chambre de commerce d’Edmundston et en rencontre éditoriale, M. Volpé a rappelé que parmi les buts stratégiques du système de santé du Nouveau-Brunswick, on vise l’efficience et l’efficacité. Il a répété à Edmundston le message qu’il martèle pratiquement depuis son entrée en fonction: on cherche à gagner en efficacité et en efficience dans la livraison des services en s’attaquant, par exemple, aux congés de maladie et aux heures supplémentaires. Son analyse des jours de congé de maladie par employé à temps plein démontre qu’au réseau Vitalité le taux est de deux jours de plus par employé qu’au réseau Horizon. Tout compte fait, les dépenses per capita du réseau Vitalité sont près de 32 % plus élevées que celles du réseau anglophone, Horizon. Et puis, M. Volpé persiste à comparer les coûts de la santé au Nouveau-Brunswick par rapport à la moyenne nationale.

Si nous sommes prêts à concéder qu’il existe certainement des gains d’efficacité à mettre en œuvre dans le réseau de la santé au Nouveau-Brunswick, il y a une limite à ce qu’on peut aller chercher comme économies. Pourquoi? Deux facteurs importants à notre avis de profane. D’abord, le vieillissement de la population au Nouveau-Brunswick est plus important que dans la plupart des provinces du pays, en partie dû à l’exil de nos jeunes pour travailler là où il y a de l’emploi. Les études sont claires sur le sujet, plus une population est âgée, plus elle coûte cher, beaucoup plus cher, à soigner. Ensuite, il y a le facteur de la ruralité. Nous applaudissons le fait que, parmi les «thèmes à considérer au niveau opérationnel», le réseau Vitalité reconnaisse et tienne compte «de la ruralité dans la planification et la livraison des services», comme l’indique la documentation que nous a laissée M. Volpé lors de notre entretien.

En terminant, nous demeurons un peu perplexes quant à la remarque de M. Volpé que les gens du Nouveau-Brunswick sont gâtés par leur système de santé. S’il est vrai que notre système de santé coûte un peu plus cher que la moyenne nationale, il est aussi vrai que parmi les provinces canadiennes les gens du Nouveau-Brunswick sont les plus satisfaits de leur système de santé. Nous souhaitons donc qu’on puisse arriver à augmenter l’efficacité et l’efficience de notre système de santé, sans compromettre la satisfaction qu’éprouvent les citoyens à son égard. Comme citoyens nous avons le devoir de ne pas abuser du système, et les administrateurs du réseau ont le devoir de protéger la qualité des soins prodigués aux citoyens.

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