Entre deux promesses

le vendredi 2 novembre, 2012

Jeudi, le ministre des Finances du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a déclaré que «des recettes inférieures aux projections ont eu un effet important sur le déficit de 183 millions $ initialement prévu au budget.» Après seulement deux trimestres, donc, à mi-chemin dans l’année fiscale, le déficit sera maintenant de 256 millions $, si le gouvernement parvient à équilibrer le budget pour le reste de l’année. Mais rien n’indique qu’il y parviendra. Il tentera de limiter les dommages, mais il ne faudrait pas être surpris que le déficit dépasse les 300 millions $ d’ici la fin de l’année financière.

Ce n’est pas l’avis du ministre des Finances, toutefois. M. Higgs se fie à l’an dernier. Voici ce qu’il a déclaré à ce sujet: «Dans le rapport sur le deuxième trimestre de l’année dernière, le déficit projeté s’élevait à 546 millions $. Cependant, grâce au travail acharné de la fonction publique et à l’accent mis sur une amélioration continue, nous avons été en mesure, avant la fin de l’exercice, de réaliser des économies de 188 millions $ comparativement à ce qui était prévu au budget.»

Le problème, c’est qu’on peut difficilement comprimer les dépenses qui l’ont déjà été. Il faut en trouver d’autres. Où le ministre les trouvera-t-il, ces compressions dont il a besoin pour équilibrer le budget de la province?

Malgré ses engagements de poursuivre des investissements en santé et en éducation, il semble bien que le ministre des Finances lorgne vers ces deux ministères pour réaliser des économies et espérer ralentir la croissance du déficit budgétaire et de la dette publique. Il y a d’autres options, mais le gouvernement a refusé, jusqu’à maintenant, de les considérer.

D’une manière ou d’une autre, le gouvernement Alward doit renoncer à des promesses électorales. Déjà, comme on l’a vu plus tôt cette semaine, relativement à sa promesse d’investir au moins 3 % de croissance au budget de la santé, les derniers estimés pointaient vers une augmentation de moins de 1 %. D’ici à la fin de l’année, il faut s’attendre non seulement à ce que les dépenses en santé n’augmentent pas, mais probablement à ce qu’elles diminuent. En ce qui a trait au ministère de l’Éducation, on sait déjà que le gouvernement n’a confirmé au secteur francophone de l’éducation que 75 %de son budget, et 70 % au secteur anglophone. Avec des réductions importantes, il est certain que les compressions atteindront les ressources en classe, auxquelles le gouvernement s’était engagé à ne pas toucher.

Après deux ans, il est clair que la stratégie de s’attaquer principalement à la compression des dépenses gouvernementales, pour espérer équilibrer le budget sans augmenter les taxes ni les impôts, ne produit pas les effets escomptés.

Bien sûr, il ne serait pas très populaire d’augmenter les impôts et la taxe de vente harmonisée. Mais si le gouvernement Alward espère que la population acceptera mieux que la qualité de l’éducation et des réseaux de soins de santé soit compromise par des compressions budgétaires, nous sommes d’avis qu’il ne trouvera pas l’appui de la population à cette orientation, sauf dans certains cercles.

Bien que ce soit fastidieux de le faire, rappelons que dès le dépôt du premier budget du gouvernement Alward, en mars 2011, la Banque Royale avait revu à la baisse la progression du produit intérieur du Nouveau-Brunswick. Elle avait prévu une régression de l’emploi et de la croissance économique comme l’une des conséquences liées à la compression très sévère des dépenses gouvernementales.

La situation budgétaire du gouvernement provincial n’est pas une surprise. Le Nouveau-Brunswick a perdu 12 000 emplois. Avec cette perte, il perd, évidemment, les revenus gouvernementaux normalement engendrés par l’impôt sur les revenus d’emploi. La croissance économique n’étant pas, elle non plus, au rendez-vous, la croissance des revenus que le gouvernement aurait pu en tirer manque à l’appel. Si le gouvernement choisissait plutôt de ne pas respecter sa promesse de ne pas augmenter les impôts, il se donnerait au moins une meilleure chance d’équilibrer le budget.