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Le Devoir
Éditorial, 28 octobre 2009, p.A8

Combat linguistique
Une lutte à soutenir

JEAN-ROBERT SANSFAÇON

MARIE-ANDRÉE CHOUINARD

 

Les francophones du Canada doivent se serrer les coudes. Cette fois, la cause à soutenir concerne une réforme des structures de santé au Nouveau-Brunswick, qui a rayé de la carte la seule régie de la santé francophone.

 

Dans la seule province bilingue du Canada où on pourrait croire — à tort! — les droits linguistiques plus robustes, il faut craindre l’érosion des services de santé offerts en français. Hier, des appuis de taille sont venus du Québec, dont celui de l’ex-ministre Benoît Pelletier: il croit que la réforme du gouvernement de Shawn Graham brime les droits constitutionnels des francophones.

 

Réjean Thomas, qui a fait une partie de ses études de médecine à l’Université de Moncton, fait partie des solidaires de cette lutte qui se profile pour les droits linguistiques d’une minorité. Elle rappelle la résistance pour le maintien de l’hôpital Montfort, à Ottawa. Sous prétexte de restructuration, l’Ontario avait recommandé en 1997 la fermeture de l’hôpital. Une opposition extraordinaire a permis non seulement son maintien, mais son développement.

 

Le statut bilingue du Nouveau-Brunswick n’a pas empêché les autorités de la province de réduire de huit à deux le nombre de régies pilotant les services de santé, effaçant au passage la francophone Beauséjour pour la détrôner au profit d’une bilingue.


Les francophones de là-bas, qui représentent le tiers de la population totale, ont alors pris conscience de l’iniquité des services.

 

Non seulement craignent-ils la réduction des soins spécialisés en français, mais ils défendent l’inconstitutionnalité de cette réforme, qui pourrait nier la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick et l’égalité garantie aux deux communautés linguistiques par la Charte fédérale.

 

Les contestataires, qui portent la cause devant les tribunaux néo-brunswickois, ont un appui de taille en l’Acadien Michel Bastarache, ex-juge de la Cour suprême du Canada. L’inconstitutionnalité de la réforme, on le présume, est un dossier dont il maîtrise les nombreuses facettes. Pour accompagner l’argument juridique qu’ils serviront au gouvernement, les opposants à cette réforme pourraient aussi puiser dans le dernier rapport du commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Michel A. Carrier. Il y déplore un nombre de plaintes encore trop élevé — dans le secteur de la santé — malgré la dualité linguistique officielle. Il insiste aussi sur l’inquiétude générée par trois réformes du gouvernement Graham qui pourraient fragiliser le statut francophone, dont deux en éducation et cette dernière en santé.

 

Les batailles des minorités pour le droit à l’éducation en français sont plus fréquentes. En santé, où les Acadiens tenteront ici de faire valoir l’égalité des deux groupes linguistiques et le droit de chacun à des institutions distinctes, elles sont plus rares. Espérons que cette lutte, qui mérite le soutien de tous les francophones, fasse autorité.