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L’Étoile
Jeudi 15 octobre 2009, p.A3

Dualité linguistique : le gouvernement provincial doit en faire plus

Julien Abord-Babin

 

Malgré l'indéniable progrès réalisé depuis l'adoption de la Loi sur les langues officielles en 1969, le commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Michel Carrier, invite la province à viser encore plus haut afin d'atteindre l'égalité réelle.

 

Dans son rapport annuel dévoilé la semaine dernière, le commissaire aux langues officielles, Michel Carrier, révèle qu'il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour que le gouvernement provincial remplisse pleinement ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles. Il estime toutefois que l'année 2009 en a été une de progrès grâce à l'adoption d'une nouvelle politique sur la langue de travail et de la création d'un comité chargé d'assurer une meilleure application de la Loi sur les langues officielles dans la fonction publique.

 

«Depuis 2004, je recommande que l'on adopte un plan directeur, c'est-à-dire une stratégie pour toutes les institutions du gouvernement en matière d'implantation de mesures pour répondre aux exigences de la loi. Le gouvernement actuel s'est engagé à créer un comité pour que ça se fasse et ce comité doit déposer un rapport en mars», se réjouit Michel Carrier.

 

Il ajoute toutefois que plusieurs décisions récentes du gouvernement ont soulevé un important questionnement quant à son engagement envers la dualité linguistique.

«Il y a eu des réformes entreprises par le gouvernement pour essayer de mieux servir la population qui ont soulevé des questions dans certains coins de la province. Dans le secteur de l'éducation postsecondaire, on s'est retrouvé dans une situation inquiétante parce qu'on a enlevé la question de la dualité linguistique et des institutions distinctes du rapport final. Par la suite, le gouvernement est revenu pour clarifier les choses et dire qu'il n'avait pas l'intention de diminuer les services. Mais ça a créé des inquiétudes.»

La réforme en santé est un autre dossier qu'il entend suivre de près puisqu'il touche directement à la question de la dualité linguistique et de la gestion des institutions. Question où un flou persiste encore et où la loi peut être sujette à l'interprétation, dit-il. «Il y a un débat devant les tribunaux qui va régler la question en ce qui a trait aux institutions en santé», estime Michel Carrier.

 

La santé est d'ailleurs un des secteurs où le commissaire aux langues officielles reçoit le plus de plaintes. Sur 62 plaintes recevables, 11 visaient le ministère de la Santé ou les régies régionales de la santé.

 

Selon le commissaire, c'est surtout dans le sud de la province que des problèmes persistent au niveau de l'offre active de services dans les deux langues officielles. «Depuis 2002, la loi est plus claire et on reçoit plus de plaintes parce que les gens savent qu'on doit leur offrir des services dans les deux langues partout, mais on n'a pas en place les ressources que ça prend. Alors, il y a un défi de taille. Il faut des politiques claires, des mesures d'embauche, des politiques de formation linguistique. Ce sont des choses qui ont été traitées par les hôpitaux depuis 2002, mais il y a encore du chemin à faire. Ça va prendre du temps, mais entre-temps les gens vont continuer à nous faire part de leurs doléances.»

 

Il ajoute que le nombre de plaintes se maintient au fil des ans. Elles demeurent, selon le commissaire, un outil important pour faire avancer les choses.

 

«Les gens ne se plaignent pas, remarque Michel Carrier. On a tendance à prendre notre mal en patience. C'est un phénomène qui se passe dans toutes les sphères d'activité y compris celle-ci. Mais nous, on remarque que la plainte c'est un outil qu'on nous donne pour travailler avec les institutions du gouvernement, leur signaler les manquements au sein de leurs organismes et les inciter à corriger le tir.»

 

Mais les organismes et le gouvernement ne semblent pas toujours très prompts à répondre aux plaintes, note le commissaire. «Il semble y avoir un certain confort qui s'est installé suite à l'adoption de la révision de la loi en 2002 et la création du commissariat, explique-t-il. Les autres organismes semblent s'être dits qu'un grand pas avait été franchi et qu'il ne fallait plus tellement s'en préoccuper.»

 

«Il faut reconnaître que si on veut continuer à progresser et atteindre le niveau requis par la Loi sur les langues officielles et par la Charte canadienne des droits et libertés, il va falloir que le gouvernement prenne le taureau par les cornes et démontre plus d'initiatives», ajoute Michel Carrier.

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