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L’Étoile
Jeudi 15 octobre 2009, p.A3
Dualité linguistique : le gouvernement provincial doit en faire plus
Julien Abord-Babin
Malgré l'indéniable progrès réalisé
depuis l'adoption de
Dans son rapport annuel dévoilé la
semaine dernière, le commissaire aux langues officielles, Michel Carrier,
révèle qu'il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour que le
gouvernement provincial remplisse pleinement ses obligations en vertu de
«Depuis 2004, je recommande que l'on
adopte un plan directeur, c'est-à-dire une stratégie pour toutes les
institutions du gouvernement en matière d'implantation de mesures pour répondre
aux exigences de la loi. Le gouvernement actuel s'est engagé à créer un comité
pour que ça se fasse et ce comité doit déposer un rapport en mars», se réjouit
Michel Carrier.
Il ajoute toutefois que plusieurs
décisions récentes du gouvernement ont soulevé un important questionnement
quant à son engagement envers la dualité linguistique.
«Il y a eu des réformes entreprises par
le gouvernement pour essayer de mieux servir la population qui ont soulevé des
questions dans certains coins de la province. Dans le secteur de l'éducation
postsecondaire, on s'est retrouvé dans une situation inquiétante parce qu'on a
enlevé la question de la dualité linguistique et des institutions distinctes du
rapport final. Par la suite, le gouvernement est revenu pour clarifier les
choses et dire qu'il n'avait pas l'intention de diminuer les services. Mais ça
a créé des inquiétudes.»
La réforme en santé est un autre
dossier qu'il entend suivre de près puisqu'il touche directement à la question
de la dualité linguistique et de la gestion des institutions. Question où un
flou persiste encore et où la loi peut être sujette à l'interprétation, dit-il.
«Il y a un débat devant les tribunaux qui va régler la question en ce qui a
trait aux institutions en santé», estime Michel Carrier.
La santé est d'ailleurs un des secteurs
où le commissaire aux langues officielles reçoit le plus de plaintes. Sur 62
plaintes recevables, 11 visaient le ministère de
Selon le commissaire, c'est surtout
dans le sud de la province que des problèmes persistent au niveau de l'offre
active de services dans les deux langues officielles. «Depuis 2002, la loi est
plus claire et on reçoit plus de plaintes parce que les gens savent qu'on doit
leur offrir des services dans les deux langues partout, mais on n'a pas en
place les ressources que ça prend. Alors, il y a un défi de taille. Il faut des
politiques claires, des mesures d'embauche, des politiques de formation
linguistique. Ce sont des choses qui ont été traitées par les hôpitaux depuis
2002, mais il y a encore du chemin à faire. Ça va prendre du temps, mais
entre-temps les gens vont continuer à nous faire part de leurs doléances.»
Il ajoute que le nombre de plaintes se
maintient au fil des ans. Elles demeurent, selon le commissaire, un outil
important pour faire avancer les choses.
«Les gens ne se plaignent pas, remarque
Michel Carrier. On a tendance à prendre notre mal en patience. C'est un
phénomène qui se passe dans toutes les sphères d'activité y compris celle-ci.
Mais nous, on remarque que la plainte c'est un outil qu'on nous donne pour
travailler avec les institutions du gouvernement, leur signaler les manquements
au sein de leurs organismes et les inciter à corriger le tir.»
Mais les organismes et le gouvernement
ne semblent pas toujours très prompts à répondre aux plaintes, note le
commissaire. «Il semble y avoir un certain confort qui s'est installé suite à
l'adoption de la révision de la loi en 2002 et la création du commissariat,
explique-t-il. Les autres organismes semblent s'être dits qu'un grand pas avait
été franchi et qu'il ne fallait plus tellement s'en préoccuper.»
«Il faut reconnaître que si on veut continuer
à progresser et atteindre le niveau requis par la Loi sur les langues
officielles et par la Charte canadienne des droits et libertés, il va falloir
que le gouvernement prenne le taureau par les cornes et démontre plus
d'initiatives», ajoute Michel Carrier.

