Nouvelles
L'Étoile
p. D3, jeudi, 5 mars 2009
Comment faire confiance au monde politique?
lettre d'opinion
Un an avant l'annonce de sa réforme, Mike Murphy, laissant présager qu'un plan provincial pointait à l'horizon, insista pour dire que Moncton continuerait d'être desservie par deux régies indépendamment des coupures du ministère : que le fusionnement des deux régies (South East et Beauséjour) créerait une bataille juridique qui aboutirait devant les tribunaux. « Il faut s'assurer, disait-il encore, que la langue de travail dans les diverses institutions de santé soit respectée et que les services soient offerts dans les deux langues officielles. » (Voir le Times and Transcript du 21 fév. 2007)
Quand Shawn Graham s'est présenté à Caraquet, alors qu'il tentait de prendre le pouvoir, il promit la création d'une régie régionale pour
À Saint-Louis-de-Kent, devant les participants à l'assemblée annuelle de l'Association acadienne et francophone des aînés du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham promit que son parti, s'il était porté au pouvoir, reconnaîtrait l'hôpital Dr-Georges-L.-Dumont comme centre hospitalier provincial de radiothérapie-oncologie et comme établissement d'enseignement affilié à l'université de Sherbrooke, le tout géré par les francophones comme l'avaient fait auparavant Frank McKenna et Richard Hatfield. (C'est le soussigné qui a posé la question et qui a bien noté la réponse.)
De tout cela, que faut-il penser? Moncton n'a plus ses deux régies. La gestion de l'hôpital Dumont s'est évaporée pour aboutir dans les mains d'une régie qui n'a pas de statut linguistique. Quant à
Serait-il malvenu de parler de mensonges? Ou s'agit-il de poudre aux yeux espérant que quand les victimes auront recouvert la vue, ils auront peut-être oublié la raison pour laquelle on les avait aveuglés.
Si les Libéraux s'étaient présentés à nos portes pour nous dire qu'ils allaient nous enlever les régies régionales et la gestion des hôpitaux, ils n'auraient jamais été élus. Là-dessus, ils ont mécontenté les anglophones autant que les francophones. S'ils avaient averti le public qu'ils allaient amputer le programme d'immersion totale, on les aurait envoyé promener. Et s'ils avaient annoncé que l'Armée du Salut allait gérer le programme gouvernemental d'aide au chauffage, on aurait cru qu'ils étaient tombés sur la tête et qu'ils ne savaient faire la différence entre charité et justice sociale.
Lors de sa visite chez moi, mon député n'a rien dit de tout cela. Il n'a pas parlé d'une réforme en santé où on allait éliminer les structures existantes pour en créer d'autres qui seraient gérées par des pantins, amis du parti, qu'on rémunérerait fort bien pour assurer un atterrissage en beauté de structures à la fois monstres, impersonnelles et éloignées des principaux intéressés. Mon député, pour ceux que ça intéresse, c'est Mike Murphy, celui qui a tourné le dos aux recommandations du commissaire aux Langues officielles en faveur d'une régie francophone et une autre anglophone, celui qui fait fi des droits de la minorité, c'est-à-dire du droit à des institutions propres et du droit de les gérer comme cela a été reconnu par les cours ontariennes dans le cas de l'hôpital Monfort d'Ottawa. Celui qui en présentant sa réforme a dit devant la presse parlée et écrite qu'une des régies serait francophone et l'autre anglophone, alors que cette stipulation n'apparaissait nulle part dans le projet de loi. Voilà une chose qu'il ne fallait pas dire, et il s'est révisé par la suite. Mike Murphy et le gouvernement libéral forcent les Acadiens à aller défendre leur cause devant les tribunaux au coût de 700 000 $.
Que dire d'un projet de loi qui ne peut être contesté devant les tribunaux? C'est ou bien la farce du siècle ou bien une entorse à la démocratie digne des agissements d'une république de bananes?
On parle de réformes. On diminue les impôts de l'ordre de 100 millions de dollars, mais on coupe dans les services. Ce que veulent les citoyens, c'est avant tout un emploi judicieux des fonds publics. Ce que veulent les Acadiens, c'est le respect de leurs droits et de leurs acquis.
Hector J. Cormier

