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L'Acadie Nouvelle
Opinion, jeudi, 12 février 2009, p. 13

Phare ou boulet
Chroniqueur

LeBouthillier, Claude

Concernant l'assimilation, je suis estomaqué de voir que la province du N.-B., en ce qui a trait au débat en cours, dit que ça n'existe pas.

Le jugement récent de la Cour suprême stipulant que les services offerts soient de qualité égale dans les deux langues vient de donner un solide coup de pouce au mouvement Égalité santé en français.

Dans la lignée de l'héritage Bastarache, elle proclame que la fameuse égalité n'est pas seulement une décoration; elle doit être concrète, réelle, équivalente. De même, l'appui de l'Association des enseignantes et des enseignants du N.-B. est fondamental et demeure un symbole fort. Par ailleurs, la position de la province du N.-B dans ce dossier est carrément intenable et nous ramène à l'époque des injustices fondamentales. Permettez-moi, pour illustrer ce débat, de vous raconter l'anecdote suivante.

En 2001, j'ai assisté, à Portland, au Maine, à un colloque international d'études françaises. Ce colloque réunit chaque année, dans un pays ou une région francophone ou francophile du monde, un groupe d'universitaires, d'écrivains, de penseurs, afin de promouvoir la littérature et la langue française. S'y trouvaient, entre autres, cinq écrivains des États de la Nouvelle-Angleterre, dont trois ne publiaient plus en français faute de lectorat.

Comment les quelques millions d'Acadiens et de Québécois qui émigraient dans ces États aux XIXe et XXe siècles en sont-ils arrivés là? Tout simplement parce que les systèmes sont plus forts que les hommes en apportant la perte graduelle des institutions francophones et l'érosion de leur communauté dans le pays du melting pot américain. Là disparaît une église, ici une école, puis un poste de radio et, finalement, pour ne prendre que cet exemple, il ne reste à Lewiston, au Maine, qu'un bingo bilingue et un immense cimetière, bilingue aussi... Et quelques personnes qui se confessent encore en français.

Certains d'entre nous se souviendront du film où Gratien Gélinas joue au héros et se barricade avec un fusil dans la dernière institution française du Massachussetts, un poste de radio je crois. Sans institution solide, c'est la mort lente. Par exemple, si le Vermont et le nord des États de la Nouvelle-Angleterre avaient fait partie du Québec, ils seraient aussi français aujourd'hui que les Cantons de l'Est. Mais non, les Boisvert sont devenus Greenwood et les Dupuis des Wells.

Vous me voyez venir; bien sûr, nous sommes loin d'en être rendus là et nous grignotons encore ici et là en faisant des gains, mais le tissu de base est plutôt fragile étant donné que nous sommes 300 000 Acadiens en Atlantique face à 330 millions de personnes de langue anglaise.

Le droit à nos institutions a été gagné de hautes luttes; les écoles avec le sang de Louis Mailloux, héros malgré lui. Je suis absolument stupéfait de voir la position du gouvernement dans ce dossier qui stipule qu'un francophone ne fait pas vraiment partie de la communauté linguistique francophone. Ai-je bien compris? Mais de quel ensemble fais-je partie? Je croyais faire partie d'un peuple et j'apprends que je ne suis même pas membre d'une communauté! Le sens de la communauté chez l'Acadien est très fort et fut synonyme de survie. Chaque ville ou village acadien a maintenant ses artistes, ses peintres, ses écrivains et la chanson célèbre les louanges de plusieurs communautés, que ce soit Paquetville avec Édith Butler, Petit-Rocher avec Denis Richard, Shippagan avec Michel Comte ou encore la chanson de l'Île-du-Prince-Édouard: Qu'est-ce qu'un gars de Mont-Carmel fait dans les rues de Montréal?

Les Acadiens hors Acadie gardent toujours un lien fort avec leurs racines et, par exemple, dans une soirée entre compatriotes à Montréal, les gens ne parlent que du "pays". Lorsqu'ils reviennent, c'est souvent dans leur communauté. Donc, dire que les francophones ne sont pas de la communauté linguistique francophone est un non-sens et une négation d'identité. Enfin, que quelqu'un m'éclaire si j'ai mal compris. Y aurait-il alors une communauté anglophone d'un côté et une bilingue de l'autre?

Concernant l'assimilation, je suis estomaqué de voir que la province du N.-B., en ce qui a trait au débat en cours, dit que ça n'existe pas. Je connais personnellement des couples exogames vivant en milieu "coriste" dont les enfants n'ont pas accès ni à l'école française ni à l'immersion, car le village n'en veut pas, ou pire, le mari l'interdit et l'épouse dont l'identité est déjà fragilisée n'ose parler français à ses enfants. Quelqu'un peut-il m'expliquer comment ne pas s'assimiler quand on ne lit jamais de journaux français, on n'écoute jamais la télévision et la radio francophones et que la langue de travail est l'anglais. Ajoutez à cela que la province ne reconnaît pas l'égalité de nos droits linguistiques en santé. C'est ainsi qu'à la longue, les gens les plus fragiles sur le plan identitaire finissent par s'assimiler et ne plus revendiquer. Ou encore, certains ont les mots d'une langue, mais l'identité et la culture s'effritent et alors, la force des convictions de la prochaine génération sera à quelle hauteur?

Étonnant chez un gouvernement libéral qui hérite du programme Chances égales pour tous. Gênant même pour nombre de libéraux. Quel est le sens de ces tergiversations et agenda obscur alors qu'irrémédiablement, le parti qui voudra garder le pouvoir chez les Acadiens devra être phare plutôt que boulet dans le dossier Égalité santé en français.