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L'Acadie Nouvelle
p.10, lundi, 2 février 2009

Faire fi des droits de la minorité
Forum public

Au dire du gouvernement libéral, la loi 88 - document tellement essentiel à la survie de la collectivité acadienne qu'on a pensé l'enchâsser dans la Charte canadienne des droits et libertés - ne s'applique pas à la santé. Les Acadiens se seraient-ils enthousiasmés en vain? Se peut-il qu'il s'agisse tout simplement d'un vil parchemin? Ce document qui défend l'égalité des deux communautés linguistiques voudrait-il tout simplement dire que les Acadiens ont droit de gérer leurs écoles, mais rien de plus?

Quand le gouvernement du Nouveau-Brunswick - un gouvernement "libéral" de surcroît - fait son argumentation pour sa réforme par le truchement d'une équipe de juristes extérieure à la fonction publique, il oublie deux volets importants, soit le facteur historique et le droit d'une minorité à la gestion de ses institutions.

Quand, après les grandes Conventions, les Acadiens ont opté pour la survie, ils étaient convaincus que pour y arriver il fallait l'implantation d'institutions qui leur seraient propres, des institutions qui favoriseraient le plein épanouissement. Ils se sont donné au cours des ans des écoles, des collèges, des universités, des hôpitaux, des journaux, des paroisses, des maisons d'édition, des organismes culturels, des stations de radio, des institutions financières.

Sans l'apport d'institutions solidement ancrées et dont elle dirigerait les destinées, il était impensable qu'une minorité nageant en pleine mer anglophone ait quelque chance de survie. Les hôpitaux étaient de celles-là. Ce sont les communautés religieuses avec l'appui des paroisses et du clergé acadien qui ont compris l'importance d'institutions telles qu'ils les ont voulues, qu'ils les ont créées, qu'ils les ont payées de leurs propres deniers et, surtout, de leurs sacrifices. Les hôpitaux appartenaient donc aux Acadiens. Ceux-ci avaient droit d'exprimer leurs malaises dans leur langue et de communiquer avec le personnel médical et hospitalier en français. Il s'agit là de droits historiques.

Quand Louis J. Robichaud a rapatrié dans la capitale la responsabilité financière des services hospitaliers, question de créer l'équité, il s'est bien gardé d'en centraliser la gestion. La Commission Byrne ne l'a pas recommandée non plus. On était conscient que ces institutions, depuis toujours, avaient été la propriété des Acadiens et sous leur plein contrôle. Elles faisaient partie de leur monde institutionnel et contribuaient à ce titre à leur épanouissement, à leur évolution, donc à la construction identitaire. Même le quotidien anglophone de Moncton le reconnaissait en éditorial le 25 août 1970.

Si le droit aux institutions ne fait pas partie inhérente de cet épanouissement et de cette évolution, des documents tels que la loi 88 sont dépourvus de sens. Aucune collectivité majoritaire ne pourrait subsister sans l'apport d'un monde institutionnel. Comment supposer alors qu'une minorité, de par son état de précarité et de grande vulnérabilité, puisse survivre sans le sien? L'histoire démontre clairement que là où les institutions se sont affaiblies, la nation s'est progressivement effondrée.

Pourquoi les collectivités majoritaires ne réclament-elles jamais le droit aux institutions? La réponse est simple: les institutions qu'elles créent le sont d'abord et avant tout à l'intention des leurs. On ne voit jamais les membres de la majorité se plaindre de problèmes identitaires. Les institutions que l'État et que la collectivité établissent sont à leur image et à leur ressemblance. Ils en ont la pleine direction. La langue et la culture ne sont jamais menacées.

Les Acadiens avaient leurs propres écoles. C'est aussi un gouvernement libéral qui leur a enlevé le droit de les gérer. Est-ce le sort inévitable des minorités de constamment lutter pour protéger les acquis et assurer les droits fondamentaux? La victoire des Franco-Ontariens pour conserver l'Hôpital Monfort d'Ottawa constitue un événement marquant de l'histoire juridique. Les tribunaux ont reconnu le droit aux institutions et ont su interpréter la culture en son sens large.

Il faut admirer la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick pour sa position dans le domaine de la santé, son président, Jean-Marie Nadeau, qui défend bien les dossiers, et Dr Hubert Dupuis, qui a la force de ses convictions. Il est intéressant de voir des chefs de file se déplier l'échine, respirer profondément et tenir bon face à des forces qui remettent en cause des valeurs essentielles à la vie collective.

HECTOR J. CORMIER

Moncton