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L'Acadie Nouvelle
Éditorial, samedi, 3 janvier 2009, p. 12

Un sommet sur la langue

Gaétan Chiasson

Les droits linguistiques ont fait jaser au Nouveau-Brunswick en 2008, une année marquée par un gain important et le durcissement des relations entre le gouvernement et les représentants de la société civile acadienne.

Dans un jugement unanime qui fera date, la Cour suprême a obligé la GRC à offrir des services dans les deux langues officielles sur tout le territoire néo-brunswickois, reconnaissant ainsi le devoir des gouvernements d'offrir des services bilingues partout et en tout temps. C'est l'heureux aboutissement d'un combat qui aura duré plus de huit ans.

De la patience, il en faudra encore. La prochaine grande bataille juridique, pour la sauvegarde et l'avancement de nos droits linguistiques, se prépare déjà. Les principaux adversaires sont déjà connus et les deux camps sont à peaufiner leur stratégie. L'automne prochain, si tout se déroule comme prévu, le comité Égalité en français au N.-B. et le gouvernement provincial s'affronteront en Cour du Banc de la Reine. À l'enjeu: l'abrogation de la réforme de la santé du ministre Michael Murphy qui a fait passer de huit à deux le nombre de régies régionales, éliminant du même coup la seule régie officiellement francophone, celle de Beauséjour.

Cette cause revêt une grande importance, et pas seulement pour ceux qui fréquentent les établissements hospitaliers du Sud-Est. Ce sera la première fois que les juristes mettront à l'épreuve la Loi 88 sur l'égalité des communautés linguistiques. Nous pourrons enfin mesurer sa véritable utilité. Une victoire, et elle semble à la portée, pourrait nous conduire jusqu'à la dualité dans la gestion des services de santé. Rien de moins. Mais cette victoire n'est pas pour demain puisque la Cour suprême sera probablement appelée à trancher cet autre différend.

Les réformes mises de l'avant par les libéraux, en santé et en éducation postsecondaire, et le peu de cas qu'elles font des droits linguistiques ont jeté un froid sur les relations entre le gouvernement et les intervenants de la communauté acadienne. Des voix se sont élevées pour protéger nos acquis. Et pas n'importe quelles. Me Michel Doucet s'est fait un devoir de rappeler au gouvernement ses obligations, et Michel Bastarache, ancien juge à la Cour suprême, s'est réinvité dans les débats linguistiques touchant sa communauté. La Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, revivifiée par l'arrivée à la présidence de Jean-Marie Nadeau, est passée en mode action.

Sentant qu'il est en train de perdre la bataille de l'opinion publique, le gouvernement a créé un comité sur les questions francophones et acadiennes, formé de membres de différents horizons, dont le mandat reste flou, bien que l'on suppose qu'il informera le premier ministre des humeurs de la communauté face à ses décisions.

S'il tient vraiment à obtenir le pouls de la population autrement que par la SANB, nous invitons le gouvernement à troquer ce comité, qui ne fait pas très sérieux, pour un sommet sur la langue française ou une vaste consultation publique comme celle qui vient de se terminer sur l'éducation en français. Il pourrait ainsi recevoir des recommandations du grand public sur un éventail de dossiers, même ceux qui ne sont pas de son ressort. On pourrait discuter de la présence du français dans les services publics, dans le privé et dans l'affichage. De la qualité de la langue dans les institutions, à l'école et à la maison. De nos priorités, de nos attentes et de nos besoins. Ce faisant, le gouvernement provincial jouerait pleinement son rôle de promoteur du fait français. Et qui sait, peut-être cela permettra-t-il d'améliorer le climat.

Dans une dépêche de La Presse Canadienne, cette semaine, nous avons appris que le pourcentage de familles dont la langue parlée à la maison est le français, a diminué de 1,6 % au Nouveau-Brunswick, de 2001 à 2006. Il serait temps de donner priorité à la collaboration et de faire des efforts sincères pour inverser cette inquiétante tendance.