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25 septembre 2009

Discours de Hubert Dupuis, président, lors de l'AGA de la SANB
25 septembre 2009

Je vous suis très reconnaissant de me donner le privilège de vous parler d’Égalité santé en français Nouveau-Brunswick.  Je suis particulièrement heureux du fait que la SANB ait choisi le thème « L’égalité réelle maintenant » pour son assemblée générale annuelle.  Ce thème est une question… c’est un souhait… c’est un sujet de discussion très important et d’actualité qui mérite d’être débattu…

Je dois vous dire qu’en santé, malheureusement, l’égalité est loin d’être une réalité.  Nous avons beaucoup de travail à faire pour que l’égalité entre la communauté anglophone et la communauté francophone devienne une réalité dans le domaine de la santé.  Si vous avez vu notre dépliant, vous aurez constaté que les communautés anglophones desservies par la régie anglophone, la Régie B, offre seize services tertiaires, alors que les communautés francophones, sous la régie bilingue, la Régie A, offre quatre services tertiaires.  Est-ce que ça, c’est l’égalité réelle ?

 

Les communautés francophones sont desservies par une régie bilingue, qui dessert une région dont la population est composée de 55 % de francophones et 45 % d’anglophones.  La Régie A communique à ses hôpitaux et à ses employés en anglais et en français ou en anglais seulement et la Régie B communique à ses hôpitaux et à ses employés en anglais.  Est-ce que ça, c’est l’égalité réelle ?

Avec sa réforme de la santé, le gouvernement de Shawn Graham a aboli une institution francophone importante pour toute la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick, soit la Régie régionale de la santé Beauséjour, pour la remplacer par une Régie bilingue.  Les Acadiennes et les Acadiens du Nouveau-Brunswick ont tous perdu une de leurs institutions importantes dans le domaine de la santé.  Gérald Savoie, le président-directeur de l’Hôpital Montfort, qui était au Nouveau-Brunswick au début septembre, a dit lors de son passage : « Dès qu’on démolit une institution francophone, on s’attaque à quelque chose de fondamental.  Sans institution il n’y a plus de communauté. »  Nous possédons déjà assez peu d’institution que dès que nous en perdons une, c’est un énorme recul dans le développement et l’épanouissement de notre communauté !  Pouvons-nous laisser disparaître une de nos institutions, pour laquelle nos prédécesseurs ont travaillé tellement fort, et accepter de reculer dans notre développement collectif, sans nous battre ?  Nous, les membres d’Égalité santé en français, avons répondu « NON » à cette question et c’est pourquoi nous menons une contestation judiciaire contre le gouvernement Graham. 

Certains veulent vous faire croire que cette cause est une polémique Nord/Sud.  J’ai même entendu cette semaine que le Sud était jaloux parce que le siège social de la Régie A est installé à Bathurst.  Sachez que la cause que nous défendons n’a rien à voir avec la localisation du siège social de la Régie A.  Ce que nous voulons est bien simple : nous voulons une régie francophone.  Notre lutte… notre bataille… notre contestation judiciaire, c’est d’avoir des institutions francophones qui ont la pleine et entière gestion de ses services de santé en français !

 

Malheureusement, la seule façon que nous pouvons avoir « L’égalité réelle maintenant » dans le domaine de la santé, c’est avec une poursuite judiciaire devant les tribunaux.  Certains nous demandent pourquoi nous ne négocions pas  une entente hors cour.  La réponse est claire : des droits constitutionnels, ça ne se négocie pas.  Soit nos droits sont respectés… soit ils ne le sont pas…  Et dans le cas de la réforme de la santé du gouvernement Graham, le respect de nos droits a été violé…

 

Notre poursuite judiciaire contre le gouvernement Graham est très importante pour « L’égalité réelle maintenant » de nos droits linguistiques dans le domaine de la santé.  Maitre Luc Desjardins de Petit-Rocher, comme vous connaissez tous, a écrit dans sa chronique du 14 septembre dans L’Acadie Nouvelle : « …cette cause est probablement la plus importante de l’histoire de la province.  Et sa conclusion pourrait changer tout le mode de fonctionnement de l’appareil public.  Ce n’est pas peu dire. »  Et l’honorable Gilbert Finn nous a dit lors de l’assemblée annuelle d’Égalité santé en français : « …cette cause va marquer le cours de l’histoire de l’Acadie malgré le recul infligé par le gouvernement dans sa réforme des soins de la santé. » 

 

C’est pour cela que nous avons besoin de votre appui.  Nous avons besoin de l’appui de toutes les associations acadiennes… de toutes les institutions acadiennes… de toutes les corporations acadiennes… de tous les regroupements acadiens… de toutes les Acadiennes et les Acadiens du Nouveau-Brunswick… Si nous voulons que notre province respecte les deux communautés linguistiques de façon égale. Il faut que « L’égalité réelle maintenant » soit établie dans les institutions de services de santé, comme dans les institutions de l’éducation. 

 

Je vous souhaite de bonnes délibérations sur cette question et assurons-nous, tous ensemble que « L’égalité réelle » devienne une réalité !

L’égalité réelle et la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick : myhte ou réalité?

 

Présentation de Me Michel Doucet, professeur titulaire et avocat, dans le cadre de l’Assemblée générale annuelle de la Société de l’Acadie du NB, Caraquet, le 25 septembre 2009.

 

 

Je tiens à vous remercier de m’avoir invité à votre assemblée annuelle à titre de conférencier.  Cela me rappelle une époque, pas si lointaine - certains d’entre vous s’en souviendront peut-être - où j’occupais le siège de président de ce que l’on appelait encore, à l’époque, la Société des Acadiens du NB; période durant laquelle nous débattions de l’opportunité de l’enchâssement dans la Constitution canadienne du principe de l’égalité des communautés linguistiques officielles qui définirait le caractère unique de notre présence dans la province. Vous vous souviendrez à l’époque du rassemblement des organismes acadiens ici même à Caraquet où ils avaient tous signé le protocole demandant l’enchâssement de ce principe.  L’Acadie avait cette journée-là parlé d’une seule voix. Vous vous souviendrez également qu’à l’époque le gouvernement provincial n’était pas très chaud à cette idée.  J’ai souvenir d’un député de la Péninsule acadienne qui disait que le feu n’était pas pris et que rien ne pressait.  Comme s’il fallait attendre que la maison soit en feu avant d’installer un détecteur de fumée.

 

Ce n’est finalement qu’à la suite de notre persévérance et notre détermination que les gouvernements provincial et fédéral ont accédé à notre demande.  C’est d’ailleurs le seul élément qui a survécu au débat du Lac Meech.  Malheureusement, le révisionnisme historique a fait en sorte que cette victoire nous a été enlevée et a été attribué à d’autres.

 

Je me suis souvent demandési j’avais bien fait de consacrer ma vie professionnelle à la poursuite du concept de l’égalité linguistique; combat que certains trouvent aussi illusoire que la quête du Graal. Pourquoi me suis-je dirigé vers les droits linguistiques plutôt que de suivre le conseil de l’un de mes professeurs et de faire du droit fiscal? Un tel choix aurait probablement été moins frustrant pour ma famille et pour moi-même.  Mais, voyez-vous j’ai toujours cru que dans un État de droit les gouvernements ne sont pas au-dessus de la constitution et de la loi et qu’ils doivent respecter leurs obligations envers les communautés minoritaires. 

 

Pendant une certaine époque de ma vie, j’ai également travaillé à la promotion de l’État de droit et du développement démocratique dans les pays du continent africain.  Je me souviens à l’époque d’avoir à mainte reprise expliqué que la démocratie n’était pas la loi du nombre, mais qu’un pays démocratique se reconnaissait par le respect qu’il accordait à ses minorités.  La démocratie c’était également le droit dire au gouvernement en place « Non, je ne suis pas d’accord », sans risque de représailles.  Malheureusement, j’ai souvent l’impression que ce droit de dissidence n’existe plus dans notre province.

 

Pour en revenir aux droits constitutionnels, il faut se rappeler qu’une constitution vise à fournir un cadre permanent à l’exercice légitime de l’autorité gouvernementale et, lorsqu’on y joint une Charte des droits, à la protection constante des droits et libertés individuels et collectifs. La Constitution d’un pays est l’expression de la volonté du peuple d’être gouverné conformément à certains principes considérés comme fondamentaux et à certaines prescriptions qui restreignent les pouvoirs du corps législatif et du gouvernement. Elle est la  « loi suprême » du pays et ne peut être modifiée par le processus législatif normal. Elle ne tolère aucune loi incompatible avec elle.  Ce sont les tribunaux qui veillent à ce que l’exercice du pouvoir étatique respecte la primauté du droit et les dispositions de notre Constitution.  Les tribunaux servent de bouclier contre les atteintes injustifiées de l’État aux droits et libertés des citoyens. 

 

Pour revenir au thème que l’on m’a demandé de traiter partons d’un constat qui risque peut-être d’en choquer certains- : La communauté acadienne du Nouveau-Brunswick n’a jamais vraiment cru au principe de l’égalité des langues officielles et à celui de l’égalité des communautés linguistiques officielles et, pour sa part, la communauté anglophone de la province ne l’a jamais vraiment voulu. 

 

Or, j’ai l’impression que les Acadiens et les Acadiennes se comportent, non comme des égaux, mais plutôt comme des locataires qui n’osent pas mettre un tableau sur un mur ou peinturer le salon sans l’autorisation du propriétaire qui, dans le cas qui nous intéresse, est la communauté anglophone.  Nous n’avons toujours pas réussi, en tant que communauté, à comprendre que cette province est autant la nôtre que la leur et que nous avons le droit d’exiger que le gouvernement respecte nos droits constitutionnels et législatifs, sans au préalable avoir à demander la permission à quiconque ou à nous excuser parce que nous exerçons nos droits.

 

Mais qu’entend-on nous par le concept d’égalité?  La fonction de l’État est d’assurer l’instauration et le maintien d’un ordre légal tel que les citoyens puissent s’épanouir pleinement.  Or, un tel ordre doit s’orienter vers un certain nombre d’objectifs.  Dans le cas qui nous intéresse, ces objectifs sont définis dans la constitution canadienne et dans certains textes législatifs :

·         Les articles 16 à 20 et 23 de la Charte canadienne des droits et libertés;

·         La Loi sur les langues officielles du NB de 2002; et

·         La Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles.

 

Ces textes composent l’ossature sur laquelle les relations entre les deux communautés linguistiques officielles du NB et le gouvernement provincial sont construites. C’est notre contrat social. Ce sont des textes adoptés par nos parlementaires qui définissent nos droits et les obligations du gouvernement envers nous.  Ce ne sont ni des hérésies, ni des fabulations.  C’est avec ces textes en toile de fond que je vais tenter de définir ma conception de l’égalité réelle. 

 

L’Égalité réelle